cour

(kour) s. f.
   Domaine rural : sens primitif, tombé en désuétude, et qui ne se trouve plus qu'en composition et écrit court dans des noms de lieux en Normandie, en Picardie, en Lorraine : Harcourt, Brucourt, etc.
   Se dit, en Normandie, du terrain et des plantations dépendant immédiatement du bâtiment de la ferme.
   Terrain enfermé de murs et à découvert qui fait partie d'une habitation et de ses commodités (c'est ici le tout pris pour la partie ; l'ancienne court comprenant le logis, la cour, la basse-cour et les terres d'exploitation). Cour d'entrée. Cour de derrière. Cour intérieure.
   Madame, Massinisse est dans la grande cour, Qu'on prendrait pour un temple où tout le monde accourt, MAIR. Sophon. III, 3.
   Cour d'honneur, la principale cour d'un palais, d'un château.
   Basse-cour, cour d'une ferme, d'une maison de campagne, où l'on nourrit la volaille. Basse-cour, cour séparée de la cour principale et où sont les écuries, les équipages.
   Fig. et familièrement. Nouvelles de la basse-cour, de basse-cour, bruits populaires, nouvelles fausses, ridicules.
   Basse-cour s'écrit au pluriel basses-cours.
   Dans les grandes villes, cour, nom de certains passages, et aussi d'enceintes de maisons. Cour des Miracles.
   Le palais du prince : ainsi dit parce que les rois de la première et de la deuxième race et les seigneurs demeuraient habituellement dans des domaines ruraux nommés court. Je me rends à la cour.
   Avoir bouche à cour, ou bouche en cour, avoir droit de manger à quelqu'une des tables entretenues par le prince.
   Le prince et son conseil. Recevoir un ordre de la cour.
   Être bien en cour, être en faveur.
   Vous êtes bien en cour ? Pourvoyez-nous d'une riche abbaye, BÉRANG. Dauph..
   Le gouvernement du prince dans ses rapports diplomatiques. La cour de France, d'Espagne. Les trois cours du Nord sont d'accord.
   Les principales personnes qui composent l'entourage d'un prince, et aussi l'air, le ton de la cour, la manière d'y vivre. La cour est partie à la suite du roi.
   Et ta honte et sa gloire entretiennent la cour, RÉGNIER Élég. 2.
   Pour moi, j'ai de la cour autant comme il m'en faut, RÉGNIER Sat. III.
   De moi ni de ma cour il n'aura la présence, CORN. Cid, IV, 5.
   Et vous qu'avec tant d'art cette feinte a voilée, Recours des impuissants, haine dissimulée, Digne vertu des rois, noble secret des cours, CORN. Rodog. II, 1.
   Les silences de cour ont de la politique, CORN. Pulch. V, 4.
   Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paraître, LA FONT. Fabl. VIII, 14.
   Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir, LA FONT. Fabl. VII, 1.
   La cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires ; par un mélange étonnant, il n'y a rien de plus sérieux ni ensemble de plus enjoué ; enfoncez : vous trouverez partout des intérêts cachés, des jalousies délicates qui causent une extrême sensibilité, et, dans une ardente ambition, des soins et un sérieux aussi triste qu'il est vain ; tout est couvert d'un air gai ; vous diriez qu'on ne songe qu'à s'y divertir, BOSSUET Anne de Gonz..
   La bonté de cette princesse qui, malgré les divisions ordinaires dans les cours, lui gagna d'abord tous les esprits, BOSSUET Duch. d'Orl..
   Ceux qui ont vu de quel front il [Charles 1er] a paru dans la salle de Wetsminster et dans la place de Whitehall, peuvent juger aisément combien il était intrépide à la tête de ses armées, combien auguste et majestueux au milieu de son palais et de sa cour, BOSSUET Reine d'Anglet..
   Toi [Dangeau] donc, qui de mérite et d'honneurs revêtu, Des écueils de la cour as sauvé ta vertu, BOILEAU Sat. V.
   La cour de Claudius, en esclaves fertile, Pour deux que l'on cherchait, en eût présenté mille, RAC. Brit. I, 2.
   .... Hélas ! dans cette cour, Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense !, RAC. ib. V, 1.
   Le changement, madame, est commun à la cour, RAC. ib. V, 3.
   Enfin la cour nous hait ; le peuple nous déteste, RAC. Esth. III, 1.
   Selon qu'il vous menace ou bien qu'il vous caresse, La cour autour de vous ou s'écarte ou s'empresse, RAC. Brit. IV, 1.
   Quelques femmes de la ville ont la délicatesse de ne pas savoir ou de n'oser dire le nom des rues, des places et de quelques endroits publics.... en cela moins naturelles que les femmes de la cour qui, ayant besoin, dans le discours, des halles, du châtelet, disent les halles, le châtelet, LA BRUY. V.
   La cour ne rend pas content ; elle empêche qu'on ne le soit ailleurs, LA BRUY. VIII.
   Mille gens à la cour y traînent leur vie à embrasser, serrer et congratuler ceux qui reçoivent, jusqu'à ce qu'ils y meurent sans rien avoir, LA BRUY. ib..
   La ville dégoûte de la province ; la cour détrompe de la ville et guérit de la cour, LA BRUY. ib..
   On dit à la cour du bien de quelqu'un pour deux raisons : la première, afin qu'il apprenne que nous disons du bien de lui, la seconde, afin qu'il en dise de nous, LA BRUY. VIII.
   Il n'y a rien à la cour de si méprisable qu'un homme qui ne peut contribuer en rien à notre fortune, LA BRUY. ib..
   N'espérez plus de candeur, de franchise, d'équité, de bons offices, de service, de bienveillance, de générosité, de fermeté dans un homme qui s'est depuis quelque temps livré à la cour, et qui, secrètement, veut sa fortune, LA BRUY. ib..
   La cour est comme un édifice bâti de marbre, je veux dire qu'elle est composée d'hommes fort durs, mais fort polis, LA BRUY. ib..
   Un esprit sain puise à la cour le goût de la solitude et de la retraite, LA BRUY. ib..
   C'est une chose délicate à un prince religieux que de réformer la cour et de la rendre pieuse, LA BRUY. XIII.
   On trouve à la cour une délicatesse de goût en toutes choses, qui vient d'un usage continuel des superfluités d'une grande fortune, MONTESQ. Esp. IV, 2.
   La cour offre à nos yeux de superbes esclaves, Amoureux de leur chaîne, et fiers de leurs entraves, Qui, toujours accablés sous des riens importants, Perdent les plus beaux jours pour saisir des instants, BERNIS Épît. IV, Indép..
   Adieu, il y a une dame de la cour qui m'attend, VOLT. Jeannot..
   Je vais au palais d'une altesse Et j'achète un habit de cour, BÉRANG. Habit de cour..
   Être effronté comme un page de cour, être hardi jusqu'à l'impudence.
   Fig.
   [ô Versailles] Tout a fui ; des grandeurs tu n'es plus le séjour ; Mais le sommeil, la solitude, Dieux jadis inconnus, et les arts et l'étude Composent aujourd'hui ta cour, A. CHÉN. Ode 10.
   Dans les champs que l'hiver désole, Flore vient rétablir sa cour ; L'alcyon fuit devant Éole, Éole le fuit à son tour, J. B. ROUSS. Cantate, Circé.
   ...Et comme on voit d'abord le bûcheron, Quand le roi des forêts, victime désignée, Doit fatiguer enfin le fer de la cognée, Abattre autour de lui dans un vaste contour La foule d'arbrisseaux qui composait sa cour, MASSON Helvétiens, III.
   L'avare, d'autre part, n'aime que la richesse ; C'est son roi, sa faveur, sa cour et sa maîtresse, RÉGNIER Sat. IX..
   La cour céleste, le ciel où est Dieu avec les anges.
   Homme de cour, celui qui fait partie de la cour, qui a les manières de la cour.
   Y a-t-il esclave plus esclave que tout ce qui s'appelle gens de la cour ?, BOURD. Pensées, t. II, p. 485.
   Messieurs les gens de cour prétendent juger décisivement de la délicatesse des plaisirs, ST-ÉVREM. dans BOUHOURS.
   Pour un esprit de cour et nourri chez les grands, Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants, CORN. Rodog. II, 2.
   Savoir la cour, être au fait des manières de la cour.
   Son père sait la cour, CORN. le Ment. IV, 4.
   Vous êtes peu du monde et savez mal la cour, CORN. Nic. III, 8.
   Elle sait mieux sa cour que les plus vieux courtisans, SÉV. 172.
   Pompadour était un grand homme, triste et froid, la plus grande partie de sa vie sans cour et sans servir, SAINT-SIMON 522, 193.
   En mauvaise part et indiquant frivolité, complaisance servile, etc. Abbé de cour.
   Vous n'écoutez point ces docteurs de cour, BOSSUET Préd. 1.
   En mauvaise part et indiquant peu de sûreté dans le commerce.
   Renards de cour, BALZ. dans BOUHOURS.
   Mainte peste de cour fit tant, par maint ressort, Que la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince...., LA FONT. Fab. X, 10.
   Un ami de cour, un ami qui ne l'est qu'en apparence.
   Et c'est un faible appui des amitiés de cour, Qu'une vieille amitié contre un nouvel amour, CORN. Othon, II, 4.
   Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour, MOL. Mis. II, 5.
   De l'eau bénite de cour, vaines promesses, protestations de services et d'amitié qui ne produisent rien.
   Cour plénière, grande assemblée de vassaux que convoquaient les anciens rois de France. Tous ceux qui se présentaient à la cour plénière étaient traités aux frais du prince.
   Par extension.
   Gengis tint dans les plaines de Toncat une cour plénière générale, VOLT. Moeurs, 59.
   Fig. et familièrement. Avoir, tenir cour plénière, avoir chez soi plus de monde qu'à l'ordinaire, recevoir très nombreuse compagnie.
   Que ne lui vit-on pas donner Dans le temps qu'il tint cour plénière Pour une fête singulière ? Chantilly fut la scène..., LA FONT. Lettres, XXV.
   La cour du roi Pétaud, endroit où chacun commande et où tout est confusion, et aussi où chacun veut parler à la fois.
   Oui je sors de chez vous fort mal édifiée ; Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée ; On n'y respecte rien, chacun y parle haut, Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud, MOL. Tart. I, 1.
   Fig. Entourage de gens empressés à plaire à une personne. Depuis qu'il est en place, il a une petite cour.ar extension, respects et hommages qu'on rend à une personne, assiduités qu'on a auprès d'elle pour gagner ses bonnes grâces. Faire la cour aux grands. Faire la cour à une jeune personne pour l'épouser.
   Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour, CORN. Nicom. I, 1.
   [Il] Agit contre son rang pour mieux faire sa cour, CORN. Théod. I, 2.
   Héraclius vivrait pour te faire la cour !, CORN. Héracl. III, 2.
   Et son âme ployante attendant l'avenir Sait faire également sa cour et la tenir, CORN. Othon, II, 4.
   L'autre hiver, faisant ici ma cour, CORN. le Ment. I, 3.
   Mais si j'aime, c'est mal me faire votre cour, CORN. D. Sanch. II, 2.
   Je ne voudrais pas qu'il fît mal sa cour auprès de madame, MOL. Critique, 7.
   Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ; Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire, LA FONT. Fabl. VIII, 3.
   Elle [la belette] porta chez lui [le lapin] ses pénates un jour Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour Parmi le thym et la rosée, LA FONT. VII, 16.
   Il fit mal sa cour au ministre, HAMILT. Gramm. 5.
   Le plaisir qu'il aura de bien faire sa cour, SÉV. 476.
   Nous fîmes le soir notre cour à la reine, SÉV. 174.
   Si j'étais reine, je croirais qu'elle veut me faire la cour, SÉV. 132.
   J'espérais aller leur faire ma cour, BOSSUET Lett. 283.
   Je ferai bien votre cour à M. le nonce, BOSSUET Lett. quiét. 376.
   Non, non, sans m'abaisser à lui faire la cour, RAC. Théb. IV, 3.
   Il ne s'agit point de faire sa cour en applaudissant à ses écrits, LA BRUY. I.
   Familièrement. Faire un doigt de cour à une personne, témoigner par quelques légers respects ou hommages qu'on veut gagner sa faveur.
   Faire la cour de quelqu'un, lui rendre un bon office auprès d'un tiers. J'ai vu le ministre, je lui ai fait votre cour.
   Faire sa cour aux dépens de quelqu'un, chercher à plaire en le desservant.
   Faire sa cour aux dépens d'autrui, BOSSUET Honneur, 1.
   Faire sa cour d'une chose à quelqu'un ou auprès de quelqu'un, se faire un mérite auprès de lui de lui annoncer une chose qui l'intéresse.
   Il n'en avait pas fait sa cour à sa mère, SÉV. 152.
   Moi, j'en tiens cent louis [de Condé], chacun m'en fait la cour, LA FONT. Lett. XXV.
   Le loup en fait sa cour, daube au coucher du roi Son camarade absent...., LA FONT. Fabl. VIII, 3.
   Faire la cour se dit aussi des choses qui concilient la faveur, les bonnes grâces.
   Crenay m'avait demandé si je voulais bien être du détachement pour les sacs ; j'acceptai les sacs, parce que je sentis que cela ferait ma cour, SAINT-SIMON 1, 28.
   Siége de justice où l'on plaide (ainsi dit, parce que les cours de justice résidaient primitivement dans la cour du roi ou des seigneurs). Autrefois il se disait de la plupart des tribunaux ; aujourd'hui on ne le dit que des tribunaux supérieurs. Cour d'assises.
   Cour d'appel, juridiction supérieure dont l'attribution principale est de juger les appels des jugements de première instance. Conseiller à la cour d'appel.
   La cour suprême, se dit quelquefois pour la cour de cassation.
   Haute cour, tribunal exceptionnel de haute justice.
   Sous la monarchie parlementaire, la cour des pairs, la chambre des pairs constituée en haute cour de justice pour connaître d'un crime d'État.
   Sous la république de 1848, il y eut aussi une haute cour chargée de juger les crimes contre l'État.
   Cour des comptes, juridiction chargée de juger les comptes des comptables de deniers publics et de surveiller l'exécution des lois de finances.
   La cour des monnaies, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait des différends survenant au sujet des monnaies et des manufactures d'or et d'argent.
   La cour de parlement, c'était jadis tout le parlement, composé de plusieurs chambres : la grand'chambre, la tournelle civile, la tournelle criminelle, les cinq chambres des enquêtes, les deux chambres des requêtes, et les requêtes de l'hôtel.
   La cour des aides, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait en dernier ressort les causes civiles et criminelles regardant les aides, les impôts, les gabelles, etc.
   La cour des aides n'est pas loin, dicton jovial et jeu de mots sur aide, qui s'emploient pour exprimer que, si un mari néglige sa femme, d'autres le remplaceront.
   Autrefois, en matière criminelle, hors de cour signifiait qu'il n'y avait pas assez de preuves pour asseoir une condamnation.
   Aujourd'hui, mettre hors de cour, mettre hors de cour et de procès, déclarer qu'il n'y a pas lieu à suivre.
   Nous sommes renvoyés hors de cour, RAC. Plaid. I, 7.
   Nous pouvons condamner à la potence ou renvoyer hors de cour, VOLT. Dial. 22.
   Substantivement. Un hors de cour. Prononcer un hors de cour.
   Les membres d'une cour. La cour va en délibérer.
   Lieu où siége une cour de justice. Je vais à la cour de cassation.
   En termes d'ancienne pratique, cour signifiait pouvoir de juger. Ravoir la cour, obtenir le renvoi d'une cause.
   La partie menait son seigneur avec elle, afin que, si la défaute n'était pas prouvée, il pût ravoir sa cour, MONTESQ. Esp. XXVIII, 32.
   Dans le moyen âge, cour d'amour, société provençale de personnes des deux sexes qui traitait ou jugeait des questions de galanterie.
   Il y avait en Provence la fameuse cour d'amour, et la Picardie, rivale de la Provence, avait aussi ses plaids et gieus sous l'ormel, FONTEN. Hist. théât. fr. Oeuvres, t. III, p. 13, dans LACURNE..
PROVERBE du XVIIe siècle :
   Cour de France et cour romaine Ne veulent de brebis sans laine, LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 75.
   1. Vaugelas condamnait la locution : être bien en cour ; Thomas Corneille la défend ; et l'usage l'a sanctionnée. Écrire en cour, se dit pour adresser des lettres à des personnes qui appartiennent à la cour.
   2.
   C'est Fontainebleau et point de cour à faire... plût à Dieu que je pusse vous faire la mienne, VOLT. Corresp. générale, 13 mars 1741.
Bien que la règle générale ou ordinaire soit qu'un pronom (ici la mienne) ne peut se rapporter à un nom pris sans article (ici point de cour), comme c'est surtout la clarté qui a suggéré cette règle, la phrase de Voltaire est si claire qu'elle ne doit pas être blâmée, surtout dans un style de caractère léger.
   HOMME DE COUR, HOMME DE LA COUR. L'homme de cour est celui qui a le ton, les manières, l'esprit de la cour. L'homme de la cour est celui qui en fait partie. On peut être un homme de la cour sans être un homme de cour.
   XIe s.
   Qu'il issit à dreit en la curt...., Lois de Guill. 6.
   Meillur vassal n'aveit en la curt nul, Ch. de Rol. XVI.
   XIIe s.
   [Il fut] à cort de roi et serviz et losez, Ronc. p. 18.
   En ceste cort [il] vous vient au roi pleger, ib. p. 185.
   Je deïsse et l'estre et l'errement De la grant court de France au dous renom, Où toute valor se baigne, HUES DE LA FERTÉ Romancero, p. 182.
   La corz fu moult pleniere ; quatorze rois i ot, Sax. XVII.
   À la cort le manda l'hostes par un garçon, Sax. XXII.
   E quant [il] vus volt tolir vostre curt e fauser, E apele autre curt, de ço le poez [tu le peux] grever, Th. le mart. 44.
   Se [il] ne peüst le roi dunc el païs trover, Le prelat esteüst à la justice aler [il faudrait que le prélat allât à la justice], Ço qu'al rei apartint en real curt finer, Ço qu'atainst al prelat en sa curt terminer, ib. 60.
   Les portes arses, e, en la cort, les herbes nées aussi come en bois, Machab. I, 4.
   XIIIe s.
   Et furent huit jours à court, ains qu'il peussent iestre oï, Chr. de Rains, 123.
   Et avoec els [eux] avoit grant plenté de bones gens, et moult sembloit bien court à riche prince, VILLEH. XCIII.
   Si comme je vous ai dit, tint li empereres sa court au Noel, H. DE VALENC. XV.
   .... Lasse ! mortes sommes, Mes sires, ou ne sai quex hommes Est entrés dedens nostre court, la Rose, 14431.
   Ele [Courtoisie] ere en toutes cors bien digne D'estre emperieris ou roïne, ib. 1251.
   Il deit faire recorder les dittes conoissances en la court pleniere, Ass. de J. 89.
   En la court laie pren un pou d'esperance ; En cort des clers n'aie jà jor fiance, En nus prelas nule bone attendance, Proverbes ruraux et vulgaus. Se bature est fete devant juge, en cort vestue, l'amende est à la volenté du seigneur, BEAUMANOIR XXX, 20.
   Aussi bien convient il que la cors soit garnie por fere recort comme por jugement, BEAUMANOIR XXXIX, 8.
   Sire evesque, fist le roy, entre vous avez establi que l'en ne doit oyr nul escommenié en court laie, JOINV. 291.
   Entre les chevaliers que monsieur Jehan de Valenciennes ramena, je en y trouvai bien quarante de la cort de Champaingne, JOINV. 261.
   XVe s.
   Depuis avint que messire jean de Ghistelles fut si mal de cour [en cour] que...., FROISS. II, II, 46.
   De tous poissons ot illec [à un repas] cours pleniere, EUST. DESCH. Poésies mss. f° 134, dans LACURNE.
   Aulcuns flatteurs envieux.... comme assez de telles gens a en cour communement, Bouciq. III, ch. 11.
   Au chevet du lit pour tous jeux, Pend un benoistier qui est gourd, Avec un aspergès joyeulx, Tout plain d'eaue benoiste de cour, COQUILL. Droits nouveaux..
   Puis remonta à cheval, et s'en alla au palais, qui estoit tendu et pavé moult noblement ; et là tint il court pleniere, et y souppa, et avecques luy à sa table soupperent les pairs de France et ceux de son sang, MONSTREL. t. III, p. 88, dans LACURNE.
   Et disoit on que le dit banquet seroit fait à tous venans et comme court ouverte, ib. p. 77.
   À longueur de temps aura raison, si la cour, c'est à entendre le prince en son auctorité soubz lequel il vit, n'est contre luy, COMM. V, 18.
   À la cort le roi, chascuns y est pour soi, LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 75.
   XVIe s.
   Si tu sçavois vivre de choux, tu ne ferois pas la court à un tyran, MONT. II, 346.
   Conseiller en la cour de parlement, MONT. III, 205.
   J'ay mes loix et ma cour pour juger de moy, MONT. III, 260.
   Miserable à mon gré, qui n'a chez soy où estre à soy, où se faire particulierement la court, où se cacher !, MONT. III, 289.
   Je veois soubs moy mon jardin, ma bassecourt, ma court, MONT. III, 288.
   À chasque court son traistre, LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 75.
   Le seigneur peut faire saisir le fief de son vassal par faute de service de cour et de plaids [c'est-à-dire quand il a manqué à assister aux plaids de sa seigneurie], Coustum. génér. t. I, p. 538.
   Norm. court, grande ferme ; bourguig. cor ; provenç. cort ; ital. et espagn. corte ; du bas-latin, curtis, cortis, dérivé du latin cohors ou cors, basse-cour, enclos ; le mot grec a le même radical que le latin hortus, et l'allemand Garten, jardin. Le t qui appartient à cour dans tous les anciens textes et dans toutes les langues romanes, et qui se retrouve dans tous les dérivés, courtois, courtisan, etc. montre que le mot vient de curtis et non de curia, fausse étymologie qui commença à se montrer dans le XIVe siècle où l'on se mit à nommer en latin les gens de cour curiales. Curtis a signifié d'abord la cour, l'enclos, la ferme, puis la résidence rurale des seigneurs et des rois, puis la résidence de leur conseil, de leur autorité et aussi de la justice. Dans l'ancien français, au nominatif singulier la cors, au régime la cort ; au nominatif pluriel, les cort, au régime, les cors.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
COUR. Ajoutez :
11°   En termes de théâtre, cour et jardin, la droite et la gauche, en souvenir du théâtre de Versailles qui se trouvait entre cour et jardin.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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