affaire
(a-fê-r') s. f.
   Ce qui est l'objet de quelque travail ; occupation, soin, devoir, fonction. Une petite affaire. Une affaire importante. N'avoir pas d'affaire. C'était l'affaire d'un jour. Charger le fusil et tuer la bête fut l'affaire d'un instant. Je ne me suis mêlé d'aucune affaire. Être accablé d'affaires. C'est mon affaire ; vous n'avez rien à y voir. L'étude est son unique affaire. Ils ont pour unique affaire de toucher leurs rentes. C'est l'affaire d'un bon juge de.... Il est tout à son affaire.
   Vie douce et paisible, sans bruit, sans embarras d'affaires, sans inquiétude, sans soin, BOURD. Pensées, t. I, p. 348.
   Le czar en partant de Paris avait d'autres affaires qu'à vérifier des passages de saint Épiphane, VOLT. Hist. de Russ. II, 9.
   Je suis en affaires avec l'abbé, SÉV. 228.
   J'ai quelque affaire Là dedans avec certain frère, LA FONT. Cord..
   Faire son affaire d'une chose, s'en charger, en répondre. J'avancerai les frais et j'en fais mon affaire.
   As-tu fait ton affaire principale de sa justice ?, BOSSUET Nécess. I.
   C'est là que je mets toute mon affaire, BOSSUET 5, Vêtur. 1.
   Quelle ne sera pas la lenteur des progrès de la sagesse dont si peu d'hommes se font une affaire ?, DIDER. Essai sur Claude..
   C'est mon affaire que la conversion, PASC. Myst. 2.
   C'est l'affaire des dieux, ce n'est pas la nôtre, DIDER. Princ. de polit. 75.
   Qu'il brûle encor pour elle, ou la quitte pour moi, Ce n'est pas votre affaire, CORN. Othon, II, 5.
   Ce qu'on y voit de plus pompeux n'est l'affaire que d'une scène, MASS. Drap..
   Former des citoyens n'est pas l'affaire d'un jour, J. J. ROUSS. Écon. 2.
   Cliton n'a jamais eu, toute sa vie, que deux affaires, qui est de dîner le matin et de souper le soir, LA BRUY. 11.
   Nous devons travailler à nous rendre très dignes de quelque emploi : le reste ne nous regarde point, c'est l'affaire des autres, LA BRUY. 2.
   Faire son affaire d'une chose, savoir la mettre à profit.
   Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or, Et j'en fais mon affaire, BÉRANGER Él. de la rich..
   Tout ce qui est l'objet d'un intérêt. Abandonner un ami dans une affaire qui intéresse l'honneur. Il faut tenter l'affaire.
   On parle du salut comme d'une affaire souverainement importante, et on a raison d'en parler de la sorte ; mais c'est trop peu dire : il faut ajouter que c'est une affaire absolument nécessaire, BOURD. Pensées, t. I, p. 9.
   Sire, j'en ai trop dit, mais l'affaire vous touche, CORN. Hor. V, 3.
   Tantôt son père Au sortir du conseil doit proposer l'affaire, CORN. Cid, I, 2.
   Tout le monde craint d'avoir quelque affaire avec lui, FÉN. Tél. III.
   Affaire d'honneur, ou absolument, affaire, un duel, un combat singulier. Il a une affaire d'honneur. Une première affaire, un premier duel.
   J'ai appris qu'il avait eu quelques affaires en Italie et qu'il s'y était battu plusieurs fois, J. J. ROUSS. Hél. I, 45.
   Affaire d'amour, un commerce de galanterie.
   Affaires d'esprit, les matières de goût. Il veut qu'on le consulte sur toutes les affaires d'esprit.
   C'est une affaire de, une question de....
   Elle était de sa nature une affaire de religion chez les païens, FONTEN. Oracles, chap. I, Introd..
   La foi de beaucoup d'hommes est une affaire de géographie, J. J. ROUSS. Ém. IV.
   C'est une affaire de soumission et d'humilité, BOSSUET Lett. 53.
   C'est une affaire, la chose est difficile. Ce n'est pas une affaire, la chose n'est pas importante.
   On se persuade que, comme ce n'est pas une affaire d'en [de certains défauts] être coupable, il n'y a pas aussi grand mal d'en être censeur, MASS. Car. Médis..
   Et conter pour conter me semble peu d'affaire, LA FONT. Fab. VI, 1.
   Ce ne serait pas une affaire, SÉV. 68.
   Ce dieu fripon ressemble assez aux rois, Le bien servir n'est pas petite affaire, VOLT. Poés. mêl. 150.
   On faisait une grande affaire de rien, SÉV. 395.
   Par le chaud, c'était une affaire, SÉV. 287.
   D'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaire, PASC. Moyens, 3.
   Il faudrait bien des affaires pour leur faire entendre [aux Tartares] ce que c'est qu'un financier parmi nous, MONTESQ. Esp. XXX, 13.
   Ce qu'il faut, ce qui convient. Ceci est bien mon affaire. La place qu'il a obtenue fait parfaitement son affaire.
   Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaire, LA FONT. Fab. I, 20.
   Deux minutes feront l'affaire, LA FONT. Nic..
   Ce choix était mieux votre affaire, MOL. Mis. I, 1.
   Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot, LA FONT. Tart. II, 2.
   C'est moi qui ferai votre affaire mieux que personne, LA FONT. Préc. Rid. 10.
   Je n'irais pas bien loin pour trouver mon affaire, LA FONT. Femmes sav. IV, 3.
   Le chaud fera mon affaire [me fera du bien], SÉV. 284.
   Je voudrais bien que vous pussiez y faire l'affaire du roi et la vôtre, SÉV. 102.
   .... ah ! Monsieur, si feu mon pauvre père Était encor vivant, c'était bien votre affaire, RAC. Plaid. I, 5.
   Faire son affaire [à soi-même], faire son affaire [à un autre]. Faire son affaire [à soi-même], c'est se mettre à l'abri, s'arranger, réussir. Il fait tout doucement son affaire. Il songe à se retirer à la campagne, son affaire est bientôt faite.
   Quand on connaît bien les péchés mortels, on tâche de ne pas commettre de ceux-là, et l'on fait son affaire, MONTESQ. Lettr. pers. 57.
   Faire son affaire [à un autre], c'est le châtier, lui donner une leçon, même le tuer. Son affaire est faite, il a été châtié, puni, tué. L'espion fut découvert, et on lui fit son affaire. S'il le rencontre, il lui fera son affaire.
   Le chat fut trois jours sans manger et sans pouvoir remuer ni pied ni patte ; mais il est bien heureux qu'il n'y a point de chats médecins ; car ses affaires étaient faites, et ils n'auraient pas manqué de le purger et de le saigner, MOL. l'Amour méd. II, 1.
   Avoir son affaire, en bonne part, avoir ce qui convient ; en mauvaise part, recevoir correction, châtiment, leçon.
   Vouliez ou non, elle aura son affaire, LA FONT. Rém..
   Point d'affaire, signifie en aucune façon.
   Point d'affaire, marquis, MOL. Fâch. III, 4.
Point d'affaire, signifie encore c'est en vain.
   J'ai beau lui faire signe et montrer que c'est ruse ; Point d'affaire, il poursuit sa pointe jusqu'au bout, MOL. l'Étour. III, 5.
   S. f. plur. Les affaires de quelqu'un, ce qui l'intéresse particulièrement, ce qui constitue sa situation. Il sent que l'âge vient, et il songe à mettre ordre à ses affaires. Être bien dans ses affaires. Ceux qui sont mal dans leurs affaires.
   Nous sommes mal, monsieur, dans nos affaires, MOL. Mis. IV, 4.
   Un valet conseiller y fait mal ses affaires [ne gagne rien de bon], MOL. l'Étour. I, 2.
   Si je savais chanter, J'en ferais bien mieux mes affaires, MOL. la Princ. d'Él. II, Interm..
   Enfin j'ai fait mes affaires, Je suis procureur du roi, BÉRANGER Ventru..
   Vous n'avez, vous ni lui, pensé qu'à vos affaires, CORN. Othon, II, 5.
   Chacun des deux partis y fit mal ses affaires, LA FONT. Fianc..
   Mais que répondrons-nous ? - J'ai d'autres affaires présentement, dit un mondain. - Et quelles sont-elles, ces autres affaires ? - L'affaire de mon établissement, ajoute-t-il, l'affaire de mon agrandissement, les affaires de ma maison, en un mot tout ce qui regarde ma fortune temporelle, BOURD. Pensées, t. I, p. 105.
10°   Transaction, marché. J'ai fait affaire avec lui. Il me vend sa maison, l'affaire est conclue. En achetant cette terre, il a fait une mauvaise affaire, une bonne affaire. Ce mariage est pour lui une bonne affaire.
   L'adjudication est remise à quinzaine ; mais je crois que je ferai affaire avant ce temps, P. L. COUR. Lettr. II, 123.
   Si elle le peut épouser, elle fera une très bonne affaire, SÉV. 21.
   J'étais lié, dit saint Augustin, par ma propre volonté, plus dure que le fer, et, sans un dernier effort de la vertu d'en haut, je n'aurais jamais conclu mon affaire [sa conversion] que je désirais, mais qui devait coûter si cher à mon coeur, BOURD. Pensées, t. I, p. 282.
11°   Absolument, les affaires, le commerce, l'industrie, la banque. Il est dans les affaires. Il a quitté les affaires. Les grandes affaires. Les hommes d'affaires, les gens d'affaires.
   L'esprit même d'affaires ne s'était pas refusé à lui, FONTEN. Malézieu..
   Au sing. Organiser, lancer une affaire.
   En mauvaise part, faiseur d'affaires.
12°   S. f. pl. Tout ce qui concerne la fortune et les intérêts de l'État. Le mouvement des affaires. Les affaires d'État. Ce ministre est depuis longtemps aux affaires. Les affaires publiques sont dans une telle situation.... Loisirs que laissent les affaires. La vieillesse éloigne des affaires.
   Ceux qui sont à la tête des affaires, MASS. Conv..
   Il faisait négligemment les affaires de l'empire, BOSSUET Hist. I, 11.
   La tentation, dans les grandes charges, dans les grandes affaires, c'est qu'on les trouve si importantes, qu'on y donne tout, et que l'affaire du salut s'oublie, BOSSUET Pensées détachées, 11.
   Il parle bas dans la conversation, et il articule mal, libre néanmoins sur les affaires publiques, LA BRUY. 6.
   Personne presque n'a assez de fonds pour remplir le vide du temps sans ce que le vulgaire appelle des affaires, LA BRUY. 2.
   Que faut-il à un homme d'affaires, ou que ne lui faut-il pas pour vaquer dignement et en chrétien soit au service du prince dont il est le ministre, soit au service du public dont il a les intérêts à ménager ? Quelle étendue de soins...., BOURD. Pensées, t. I, p. 401.
   Affaires spirituelles, affaires qui concernent la religion ; affaires temporelles, celles qui concernent le monde.
13°   Embarras, peines, querelles. On lui a suscité mille affaires désagréables et fâcheuses.
   Voulez-vous qu'avec lui je me fasse une affaire ?, MOL. Mis. II, 3.
   Pourquoi chercher à lui faire des affaires [des ennemis] ?, MOL. Impr. 3.
   Voici bien des affaires, MOL. l'Étour. I, 2.
   Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles ?, BOILEAU Sat. IX..
   Cette réserve pourrait m'attirer des affaires, J. J. ROUSS. Ém. IV.
   De peur de me faire des affaires avec le prince, HAMILT. Gram. 7.
   Je crains que cela ne lui fasse une affaire, SÉV. 322.
   Tout le monde veut que j'aie des affaires à Rome, BOSSUET Lettr. rel. 83.
   Ce n'est point du tout mon intention de vous faire des affaires, BOSSUET Lettr. abb. 73.
   Il composa un livre fort curieux, mais qui lui fit quelques affaires, VOLT. Microm. I.
   Si quelqu'un eût osé ouvrir la bouche.... on lui eût fait des affaires dont il ne se fût jamais tiré, FONTEN. Oracles, ch. 13.
   Rome, qui avait toujours usurpé, avait continuellement de grandes affaires, MONTESQ. Esp. XI, 17.
14°   Se tirer d'affaire, se tirer d'embarras, sortir d'affaire, sortir d'embarras.
   .... se plaint qu'elle [mouche] agit seule et qu'elle a tout le soin ; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire, LA FONT. Fab. VII, 9.
   Les sueurs me tireront d'affaire [me guériront], SÉV. 245.
   Il faut remercier Dieu du bonheur qui vous tira d'affaire, SÉV. 78.
   Il est hors d'affaire [il est guéri], SÉV. 84.
   Une mauvaise affaire, une affaire où l'honneur, la fortune, la vie sont engagés ; une bonne affaire, une affaire où il y a beaucoup d'argent à gagner.
15°   Procès, contestation, démêlé. La plus petite affaire d'argent. Suivre une affaire. Affaire civile. Affaire criminelle. Plaider une affaire. Instruire une affaire. Les affaires du barreau.
   Voyant un président, je lui parle d'affaire, RÉGNIER Sat. VIII.
   Il plaide depuis quarante ans, plus proche de sortir de la vie que de sortir d'affaires, LA BRUY. 11.
16°   Dans un sens très vague, chose, circonstance, conjoncture.
   Qu'en ce mois le manteau leur est fort nécessaire [aux voyageurs] ; Les Latins le nommaient douteux pour cette affaire, LA FONT. Fab. VI, 3.
17°   En t. de guerre, combat. L'affaire fut courte, mais chaude. On perdit beaucoup de monde dans cette malheureuse affaire. L'affaire avait été fort mal engagée.
   Il l'en remercia quand l'affaire fut finie, HAMILT. Gramm. 5.
18°   Avoir affaire de, avoir besoin de.
   L'un allume du feu dont j'avais bien affaire, RÉGNIER Sat. XI.
   Vous n'avez pas trop affaire de ce détail, SÉV. 87.
   Si Pluton a affaire d'un mort, il ne sait plus où le prendre, FONTEN. Jugement de Pluton..
   Vous trouverez un statuaire ; Mais vous n'en avez plus affaire, VOLT. Ép. 79.
   Qu'un lion d'un rat eut affaire...., LA FONT. Fab. II, 11.
   Qu'avons-nous affaire du monde et de ses emplois ?, BOSSUET Lett. 27.
   Qu'avions-nous affaire de son amour naturel ?, BOSSUET Relat..
   Vénus, Saturne et Mars, dont je n'ai point affaire, MOL. F. sav. II, 7.
   Un pouvoir dont le malheureux, Madame, n'aura plus affaire, MOL. Psych. I, 3.
   Qu'avions-nous affaire de vie, Si nous ne pouvions être à vous ?, MOL. ib. V, 2.
   Le mohatra est quand un homme qui a affaire de vingt pistoles, achète d'un marchand des étoffes pour trente pistoles, payables dans un an, et les lui revend à l'heure même pour vingt pistoles comptant, PASC. Prov. 8.
   Qu'avons-nous affaire que leur assurance dépende de là ?, PASC. ib. 19.
   Qu'ai-je affaire, disait-il aux Juifs, des fruits de la terre que vous apportez dans mon temple ?, BOURD. Pens. t. II, p. 413.
   Dieu veut qu'il y ait entre nous un rapport naturel et continuel, que nous ayons affaire les uns des autres..., BOURD. ib. p. 226.
   Qu'ai-je affaire d'aller me tuer à travailler pour des gens dont...., MONTESQ. Lett. pers. 11.
   Qu'avez-vous affaire de décrier le luxe ?, FLÉCH. Serm. II, 220.
   Qu'ai-je affaire du trône et de la main d'un roi ?, TH. CORN. Ariane, III, 4.
   Qu'avons-nous affaire d'un nouvel auteur qui se pare des imaginations des Grecs, et donne au monde leurs lumières pour les siennes ?, ST-ÉVREM. t. IV, p 2.
   Ironiquement.
   J'ai bien affaire de lui, je me soucie bien de lui ! J'ai bien affaire de tout cela ! Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire, Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire !, MOL. F. sav. IV, 3.
   J'avais bien affaire qu'il attaquât ma réputation !, FONTEN. Didon, Stratonice..
   Il avait bien affaire de s'aller...., HAMILT. Gramm. 9.
   La république a bien affaire De gens qui ne dépensent rien !, LA FONT. Fab. VIII, 9.
19°   Avoir affaire à quelqu'un, avoir à lui parler, à débattre avec lui.
   Et, s'il avait affaire à quelque maladroit...., CORN. Poly. V, 1.
   L'homme à qui nous avons affaire n'est pas des plus fins de ce monde, MOL. l'Am. méd. III, 3.
   Il n'a pas affaire à un sot, et vous savez des rubriques qu'il ne sait pas, MOL. Méd. m. lui, III, 7.
   Il vaudrait autant avoir affaire à des gens qui...., PASC. Prov. 7.
   Ayant affaire à des personnes de toutes sortes, PASC. ib. 5.
   Ils ont affaire à un homme bien vigilant, SÉV. 562.
   Saint Cyrille avait affaire à un de ces dialecticiens...., BOSSUET Conc..
   On ne sait si on a affaire à un chrétien ou à un païen, BOSSUET Avert. 1.
   Par menace. Si vous tenez ce langage, vous aurez affaire à lui, il vous cherchera querelle, il vous en fera repentir.
   Quiconque rira aura affaire à moi, MOL. Pourc. IV, 1.
20°   Avoir affaire avec quelqu'un, avoir à traiter d'affaires avec lui. J'ai affaire ce matin avec le ministre.
   Ceux avec qui ils ont affaire tous les jours, FÉN. Tél. XXIII.
   Absolument.
   Il a affaire, il ne peut quitter, BOSSUET Princ. de P. 2.
21°   En termes de fauconnerie, un oiseau est de bonne affaire, quand il est bien affaité, bien dressé pour la volerie.
   Par extension.
   Un autre était muet et d'amoureuse affaire, LA FONT. Fianc..
   Sa femme était encor de bonne affaire, LA FONT. Berceau..
22°   En parlant d'une femme, avoir ses affaires, avoir ses règles.
23°   Faire ses affaires, aller à ses affaires, satisfaire ses besoins naturels. Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires la chaise percée, et brevet d'affaires, le privilége d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires. On sait que le roi Henri III fut blessé mortellement, par Jacques Clément, étant sur sa chaise d'affaires.
24°   Proverbes.
   Corsaires à corsaires, L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires, RÉGNIER Sat. XII.
   Avoir affaire à la veuve et aux héritiers, c'est-à-dire avoir affaire à forte partie.
   Ceux qui n'ont point d'affaires, s'en font, c'est-à-dire l'oisiveté fatigue, et on se fait des occupations.
   À demain les affaires, c'est-à-dire ne songeons aujourd'hui qu'à nous divertir.
   Chacun sait ses affaires, se dit quand on ne veut pas entrer dans les motifs de la conduite de quelqu'un.
   Il a plus d'affaires que le légat, c'est-à-dire il est très occupé.
   AVOIR AFFAIRE à QUELQU'UN, AVOIR AFFAIRE AVEC QUELQU'UN, se trouver en rapport avec lui. Les auteurs de synonymes disent que à marque supériorité, autorité, pouvoir de celui à qui on a affaire, et dépendance, infériorité, besoin de celui qui a affaire. Cette distinction est sans fondement ; la seule réelle, c'est que à est plus général : on a affaire à quelqu'un pour toutes sortes de choses ; on a affaire avec quelqu'un pour traiter avec lui, et en raison d'une certaine réciprocité qui n'est pas impliquée par à.
   Dans la locution avoir affaire de, pour avoir besoin, quelques-uns écrivent à faire en deux mots. Cela ne peut être considéré comme une faute ; car à faire ici convient mieux que affaire ; mais l'usage est d'écrire affaire en un seul mot dans cet emploi.
   XIIe s.
   Dire brevement l'affaire, Machab. II, Mouchet, n° 9.
   Là ont de leur afaire leur parlement tenu, Sax. XXVIII.
   [Que chaque baron aille] Pour aprester ses homes, son cors et son afaire, Sax. XXXI.
   XIIIe s.
   Vous avez empris le plus grant afaire et le plus perilleus que onques mais gent entrepreissent, VILLEH. LXII.
   Endementres que ce fu fait, li empereres Baudoins avoit ja fait tous ses afaires en Salenique, VILLEH. CXXII.
   Ou [au] mantiau n'ot pas penne vaire Mès moult viés et de povre afaire, D'agniaus noirs velus et pesans, la Rose, 216.
   Mès sans faille tu ne savoies à quel seignor afaire avoies, ib. 4258.
   Mes de tout ce qu'en ai-ge afaire, S'ele est cortoise et debonnaire ?, ib. 4079.
   Que mon afaire va tousjours de mal en pis, Berte, XXX.
   Qui de si grant afaire [de si haute position] fust à tel meseür [malheur], ib. XLI.
   Conté [elle] m'a son afaire et tout son errement, ib. XLVII.
   Quant li messagiers eut son afaire apresté, ib. LXVII.
   Son afaire [elle] appareille, mains [moins] qu'ele peut, detrie [tarde], ib. LXXII.
   Li quex [lequel] est coustumiers de dire vilonie au bailli ou as jugeurs ou à la partie à qui il a à fere, BEAUMANOIR V. 15.
   XIVe s.
   Mais quant vint au fort de l'afaire, Monseur Charles ne sot que faire, Ne ses gens en nulle maniere, Liv. du bon Jeh. 1387.
   XVe s.
   Ces quatre chevaliers chevaucherent si avant qu'ils approcherent de moult près les Anglois et que ils purent bien aviser et imaginer une grande partie de leur affaire [de leurs dispositions], FROISS. I, I, 285.
   Et n'est nul en Angleterre tant soit noble ni de grand affaire, qui l'ose courroucer...., FROISS. I, I, 7.
   Se le grant Dieu me gart d'essoine, Je leur voiz compter ceste affaire, la Pass. de N. S. J. C..
   Caïphas, tost congié prenons De Pilate, et nous hastons : Sy en alons en nostre afaire, la Résurr. de J. C..
   Un curé voyant cest affaire, De la femme fut amoureulx, VILLON Repues..
   Il y eut plus affaire à les renvoyer qu'à les appeler, COMM. I, 2.
   Congnoissant que le roy d'Angleterre l'avoit fort desiré, il sembloit bien que s'il [le duc de Charolois] en avoit affaire, qu'il le gaigneroit des siens, COMM. I, 5.
   Son maistre ou ung prince de qui on a affaire, COMM. III, 2.
   Pour certain sien affaire, comme il disoit, Bouciq. III, ch. 22.
   Et pour advertir de ceste affaire ceulx qui prennent plaisir à lire et à escouter les faiz de la guerre...., Bibl. des Chartres, 4e série, t. I, p. 430.
   Et faisoient de merveilleuses choses, et donnerent de fors affaires aux ennemys, Jeh. de Saintré, ch. 61.
   XVIe s.
   Et m'excuser, si pour le mien affaire Je ne suis point vers vous allé parler, MAROT dans Ménage..
   En guerre, en paix, en affaires urgents, Au gré des rois et profit de leurs gens, MAROT ib..
   Enfans, avez-vous encores affaire de mon ayde ?, RAB. Pant. IV, 24.
   Juppiter tenoyt conseil sus certains urgens affaires, RAB. ib. IV, Nouv. prol..
   Quiconque donc se presentera à nous ayant affaire de nostre aide, CALV. Inst. 544.
   Il n'est pas seulement requis qu'il ait bonne cause en quelque affaire particulier, mais qu'il ait une justice entiere en tout le cours de sa vie, CALV. ib, 645.
   Christ a toujours conformé ses responses à ceux auxquels il avait à faire, ib. 656.
   Mon esprit se donne plus d'affaire à soy mesme, MONT. I, 33.
   Lorsque nous en avons le plus affaire, MONT. I, 97.
   Aulcuns me convient d'escrire les affaires de mon temps, MONT. I, 103.
   Le marchand ne faict bien ses affaires qu'à...., MONT. I, 104.
   Ils veulent avoir à faire à gens qui...., MONT. II, 107.
   Moi qui m'espie de plus prez, comme celuy qui n'ay pas fort à faire ailleurs, MONT. II, 323.
   En tels affaires, comme cestui-ci, il ne faut point flater soy-mesmes, ni autrui, LANOUE 22.
   En nulle action passée, on n'auroit eu tant d'afaire qu'on auroit en ceste-ci, LANOUE 437.
   Ils conurent qu'il y auroit de l'affaire à chasser les pigeons de ce colombier, LANOUE 581.
Affaire est tantôt masculin et tantôt féminin dans D'AUBIGNÉ, LOUIS XI, DESPERIERS, MARGUERITE et YVER.
   Il est une commune affection que l'on a vers les meschans, pendant que l'on a affaire d'eulx : ne plus ne moins que ceulx qui ont affaire du fiel et du venin de quelques bestes venimeuses, AMYOT Rom. 26.
   Les utensiles dont on ne se peult passer, et dont on a tous les jours à faire, AMYOT Lyc. 14.
   Il chassa de Sparte les estrangers, si non ceulx qui y auroient necessairement affaire, AMYOT Lyc. 57.
   La ville estoit contaminée de quelques cas abominables, qui avoient necessairement affaire de purgation, AMYOT Solon, 19.
   Hannibal estima qu'il le falloit attirer au combat, ou autrement que les affaires des Carthaginois s'en alloient ruiner, AMYOT Fab. 12.
   Il luy envoya un officier luy faire commandement de descendre de cheval, et de venir à pied, si d'adventure il avoitaucune chose à faire au consul, AMYOT ib. 48.
   Elle ne trouvoit pas à qui se marier pour sa pauvreté, et avoit beaucoup affaire à vivre, AMYOT Arist. 66.
   J'ai veu plusieurs jurisconsultes et grands hommes d'Etat s'etendre sur cet affaire [le duel], D'AUB. Faen. I, 9.
   On dit qu'elle a fait ses affaires [ordures] dans ses chausses, D'AUB. ib. IV, 19.
   Bourguign. aifaire ; wall. afé ; provenç. afar, afaire ; anc. catal. afaire ; ital. affare ; de à et faire. Ce mot était masculin dans l'ancien français, dans le provençal ; il l'est encore dans l'italien. Le premier exemple du féminin est, ici, du XVe siècle. Ce mot était nécessairement, à l'origine, du masculin, puisque c'est un infinitif, et que tous les infinitifs pris substantivement sont de ce genre. Ce qui aura probablement induit à le faire féminin, c'est sa terminaison féminine. Dans le XVIIIe siècle la chancellerie avait conservé l'ancien genre, et sur les dépêches du roi on mettait : Pour les exprès affaires du roi, et non expresses. Chapelain, voulant se rendre raison du genre masculin dans l'ancien usage, dit que c'est que nous l'avons tiré de l'italien affare qui est de ce genre : c'est une erreur ; affaire ne vient pas de l'italien affare. Il est, dès le XIIe siècle, dans les textes français, à une époque où le français n'empruntait rien à l'italien.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
AFFAIRE. Ajoutez :
25°   Agent d'affaires, voy. agent, n° 2.
26°   Populairement. Avoir son affaire, être tué, et aussi être ivre mort.
Ajoutez :
   2. C'est affaire à vous, s'est dit quelquefois pour : c'est à faire à vous, voy. faire, n° 68.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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  • affaire — [ afɛr ] n. f. • XVe; v. 1150 n. m.; de à et faire I ♦ 1 ♦ Ce que qqn a à faire, ce qui l occupe ou le concerne. C est mon affaire, et non la vôtre. Occupez vous de vos affaires (cf. fam. De vos oignons). « Il aimait à se mêler des affaires d… …   Encyclopédie Universelle

  • affairé — affaire [ afɛr ] n. f. • XVe; v. 1150 n. m.; de à et faire I ♦ 1 ♦ Ce que qqn a à faire, ce qui l occupe ou le concerne. C est mon affaire, et non la vôtre. Occupez vous de vos affaires (cf. fam. De vos oignons). « Il aimait à se mêler des… …   Encyclopédie Universelle

  • affaire — AFFAIRE. s. f. Tout ce qui est le sujet de quelque occupation. Affaire agréable. Affaire importante. Affaire de conséquence. Affaire épineuse, difficile. Je suis à présent de loisir, je n ai aucune affaire. Dites moi la place que vous désirez, j… …   Dictionnaire de l'Académie Française 1798

  • affaire — Affaire, n. p. Negotium, Commercium. J ay affaire avec un homme riche. Cum opulento rem habeo ac negotium. Plaut. Affaire hasté et avancé, Maturatum negotium. Affaire meslé et broüillé, Negotium turbulentum. Affaires nets, et point toüillez, ne… …   Thresor de la langue françoyse

  • affaire — Affaire. s. f. Ce qu on a à faire, Sujet d occupation, de travail, d application. Affaire agreable. affaire serieuse. affaire importante. affaire de consequence. affaire espineuse, difficile. je suis à present de loisir, je n ay aucune affaire.… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • affairé — affairé, ée (a fe ré, rée) adj. Qui a beaucoup d affaires. Toujours affairé. Ayant l air affairé. •   Elle paraissait fort affairée, HAMILT. Gramm. 7. HISTORIQUE    XVIe s. •   Un riche malaysé, necessiteux, affaireux, me semble plus miserable… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • affaire — (del francés; pronunciamos afer ) sustantivo masculino 1. Asunto o negocio económico poco limpio: Estuvo implicado en el affaire de los pagarés falsos. Lo han pescado en un affaire de contrabando. 2. Aventura sentimental: Se rumorea que la joven… …   Diccionario Salamanca de la Lengua Española

  • affairé — AFFAIRÉ, EE. adject. Qui a bien des affaires. Il est si fort affairé, qu il n a pas une heure à lui. Il fait l affairé. Il est du style familier …   Dictionnaire de l'Académie Française 1798

  • affairé — Affairé, [affair]ée. adj. Qui a bien des affaires. Il est si affairé qu il n a pas une heure à luy. il fait l affairé …   Dictionnaire de l'Académie française

  • Affaire — (fr., spr. är), 1) Angelegenheit; A. d amour (spr. A. d amur), Liebeshandel; A. de coeur (spr. A. d cör), Herzensangelegenheit; A. d honneur (spr. A. d onnör), Ehrensache; 2) Begebenheit, Vorfall; 3) Streit; 4) Gefecht, zwischen Schlacht u.… …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Affaire — (franz., spr. affǟr ), Angelegenheit, Vorfall; Geschäft; Gefecht; a. d amour, Liebeshandel; a. d honneur, Ehrensache, Zweikampf …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

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