bouffer
(bou-fé) v. n.
   Témoigner par un certain gonflement de la face qu'on est en mauvaise humeur ; être dans une colère qui n'éclate pas. Il bouffe.
   Le grand écuyer [après cette sottise] se releva le nez de dessus la table, regarda toute la compagnie, toujours bouffant, SAINT-SIMON 177, 110.
   Se soutenir sans s'affaisser en parlant de certaines étoffes. Ce taffetas bouffe.
   Par extension.
   Il [le duc de Bourgogne] avait des cheveux châtains si crépus et en telle quantité qu'ils bouffaient à l'excès, SAINT-SIMON 322, 211.
   Se gonfler, en parlant de la pâte qui ressent dans le four l'effet de la chaleur. Le pain avait déjà bouffé.
   Terme de maçonnerie. Le plâtre bouffe, il gonfle. Un mur bouffe, il pousse en dehors.
   Terme de jardinage. Un fruit bouffe, quand il grossit plus d'un côté que de l'autre.
   V. a. Terme de boucherie. Souffler une bête tuée pour en rendre la chair plus belle.
   Le langage populaire confond bouffer avec bâfrer : il bouffe bien ; sans doute à cause de la rondeur des joues, quand la bouche est emplie. Mais ce n'en est pas moins une locution rejetée par le bon usage.
   XIIIe s.
   Li rois l'entent, boufe et sospire, Tristan, 1859. dans LACURNE.
   XIVe s.
   Icelluy Taillefer dist à l'exposant qu'il buffast, et qu'il lui donroit une buffe, DU CANGE buffare..
   XVe s.
   De ceste vie suys bouffez [fâché], VILLON Ball..
   XVIe s.
   Ilz deschiquetoyent leur peau pour y faire bouffer la gresse, ne plus ne moins qu'on descouppe le haut de chausses pour y faire bouffer le taffetaz, RAB. Pant. V, 16.
   Point ne t'est bien ceste forme seante ; Jette moy là toute fluste bouffante, Et prens en main les armes, sans enfler Si laidement tes joues à souffler, AMYOT Comment refréner la colère, 12.
   La synoque fait paroistre tout le corps comme bouffi et enffé, ce qui a donné occasion à quelques medecins de l'appeller synoque enflante et bouffante, PARÉ XX, 9.
   [Pallas] Bouffante d'ire et d'une forte voix, Comme un tonnerre appeloit les Gregois, RONS. 596.
   Un seul Bacchus doit se boufer de haine Contre ton isle...., RONS. 684.
   Gaioffe, bouffé, se cholere contre soy mesme, MERLIN COCAÏE t. I, p. 288, dans LACURNE.
   Provenç. et espagn. bufar, souffler ; ital. buffare, souffler et plaisanter. D'après Diez, et selon toute apparence, il faut le rattacher à une onomatopée exprimant le bruit que fait la bouche en soufflant. Bouffer et pouffer sont deux formes d'un même mot.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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  • bouffer — [ bufe ] v. <conjug. : 1> • v. 1160; de °buff , onomat. désignant ce qui est gonflé 1 ♦ V. intr. Se maintenir de soi même gonflé, en parlant d une matière légère, non rigide. Des cheveux qui bouffent. « Leurs longues jupes, bouffant autour… …   Encyclopédie Universelle

  • bouffer — BOUFFER. v. n. Enfler les joues exprès et par jeu. En ce sens il n est guère d usage. [b]f♛/b] On dit d Un homme fâché, et qui marque sa colère par la mine qu il fait, qu Il bouffe de colère. Il est du style familier. [b]f♛/b] Il s emploie plus… …   Dictionnaire de l'Académie Française 1798

  • bouffer — Bouffer, act. acut. Est un verbe duquel le François n use gueres, que par metaphore. La propre signification est souffler à puissance d haleine et à jouffles enflées, en laquelle le Languedoc l usurpe ordinairement, disant: Lou vent bouffe,… …   Thresor de la langue françoyse

  • bouffer — Bouffer. v. n. Enfler la bouche & les joües. Il est bas. Il se dit mieux & plus ordinairement des estoffes qui s enflent quand elles sont employées; par exemple le satin, quand on en fait des robes. Voilà une chemise qui bouffe, une garniture de… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • BOUFFER — v. n. Enfler, gonfler ses joues en soufflant. Il est familier, et ne se dit guère qu en parlant D une personne qui manifeste ainsi la colère dont elle est animée. Bouffer de colère.   Il se dit plus ordinairement De l effet de certaines étoffes… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • bouffer — v.t. Manger. / Se bouffer le nez, se disputer …   Dictionnaire du Français argotique et populaire

  • BOUFFER — v. intr. Se soutenir de soi même et se courber en rond au lieu de s’aplatir, en parlant de certaines étoffes. Une jupe qui bouffe. Du ruban qui bouffe. En termes de Maçonnerie, il se dit du Plâtre qui gonfle et d’un mur qui pousse en dehors ou… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • bouffer — ● vt. pop. ►ARGOT Détruire des données, en les faisant mystérieusement disparaître. Voir bousiller. Exemple: Word m a encore bouffé 10 pages à l impression! …   Dictionnaire d'informatique francophone

  • bouffer — vi, vt Manger. • À quelle heure on bouffe? • T’as pas encore bouffé? • Ils sont normaux, mes copains! Ils bouffent, ils boivent, ils bossent. • Qu’est ce qu’on bouffe ce soir? …   Le petit dico du grand français familier

  • bouffer — vi. , se gonfler (ep. des cheveux, des étoffes) : bouflâ (Saxel), R.1 ; ébwékhalâ (Samoëns). E. : Goinfrer (Se), Manger. R.1 bouflâ < oe. DEF. b f « souffle, gonflement, joue gonflée, objet rond « coup => Bosse /// fr. pouf, D. => Battre …   Dictionnaire Français-Savoyard

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