perdu


perdu
perdu, ue
(pèr-du, due) part. passé de perdre.
   Dont on a été privé.
   Ma foi ! sans moi, l'argent était perdu pour lui, MOL. l'Ét. I, 8.
   Vous n'avez qu'à faire afficher, madame : Amant perdu, trente pistoles à gagner, DANCOURT la Gazette, sc. 20.
   Il n'y faut plus penser, l'espérance est perdue, VOLT. Orphel. v, 5.
   Espèce perdue, espèce qui a cessé d'exister. Le mastodonte est une espèce perdue.
   On dit dans le même sens : un peuple perdu.
   Vous n'êtes pas content de m'avoir appris des vérités longtemps cachées, vous voulez encore que je croie à votre ancien peuple perdu, VOLT. Lett. Bailly, 9 fév. 1776.
   Fonds perdu, voy. fonds, n° 6.
   Qu'on ne peut plus retrouver.
   Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau, BOSSUET Mar.-Thér..
   Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée [de Jésus].... qu'il laisse tout le troupeau dans le désert pour courir après sa brebis perdue, BOSSUET Sermons, Rechutes, 1.
   Cicéron avait fait un ouvrage sur ce sujet [la gloire] ; quoique son livre soit perdu, il existait encore du temps de Pétrarque, qui en possédait un exemplaire...., D'ALEMBERT Éloges, Saci..
   Terme de guerre. Sentinelle perdue, sentinelle postée dans un lieu très avancé.
   Enfants perdus, voy. enfant, n° 9.
   Perdu se dit de ce qui n'est pas dirigé avec précision, de ce qui est fait avec un certain hasard.
   Coup perdu, coup tiré au hasard.
   Le gouverneur, dès les premiers jours du siége, avait été blessé à la gorge d'un coup perdu, PELLISSON Lett. hist. t. III, p. 183, dans POUGENS.
Tirer à coups perdus, tirer au hasard, ou tirer hors de portée.
   Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue, le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leurs embouchures.
   Ouvrage à pierres perdues, à pierre perdue, construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre.
   Rade que M. de la Bretonnière proposait de fermer par une digue en pierres perdues, GIRARD Instit. Mém. scienc. t. VII, p. 405.
   À corps perdu, avec impétuosité, sans se ménager.
   Il [l'amour] nous sollicitera de nous jeter à corps perdu sur cet aimable mort [Jésus], et de nous envelopper avec lui dans son drap mortuaire, BOSSUET 1er sermon, Pâques, 1.
   Fig.
   Et de là [il] s'est jeté à corps perdu dans le raisonnement du ministère, MOL. Comtesse, 1.
   Perdu se dit encore de ce qui est destiné à disparaître, à ne pas être vu.
   Ballon perdu, aérostat qui n'est pas retenu par une corde.
   Puits perdu, puits dont le fonds est de sable et où l'eau se perd.
   Reprise perdue, reprise faite de manière à se confondre avec le tissu de l'étoffe.
   Pain perdu, voy. pain.
   Moulage à cire perdue, moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération même du moulage.
   Terme de maçonnerie. Pierre perdue, celle qui est jetée à bain de mortier dans la maçonnerie de blocage.
   Terme de marine. Cheville à tête perdue, celle qui est assez enfoncée pour que sa tête soit en dedans d'un bordage.
   Terme de peinture. Contours perdus, ceux qui ne tranchent pas sur le fond.
   Terme de gravure. Taille perdue, taille affaiblie, devenue moins sensible.
   Qui est écarté, placé loin des voies de communication, désert.
   Charles avançait dans ces pays perdus [l'Ukraine], incertain de sa route, VOLT. Charles XII, IV.
   Que diantre va-t-on faire dans un pays perdu comme ça ?, GENLIS Théât. d'éduc. la Lingère, I, 2.
   Nous établir dans un quartier perdu, entre les Invalides et la rue de Babylone, PICARD Deux Philibert, I, 3.
   Ils.... rentraient dans Paris, sans risquer un écu Pour voir les naturels de ce pays perdu [l'Odéon], C. DELAV. Disc. d'ouverture du second théâtre français.
   Comme elle court [Lazzara] !... Par les chemins perdus, par les chemins frayés, V. HUGO Orient. 21.
   Fig.
   Il me semble que je suis dans un pays perdu de ne plus traiter tous ces chapitres, SÉV. 547.
   Il faisait quelquefois prendre à son esprit un essor si haut, qu'en le voulant suivre je me trouvais insensiblement en pays perdu, BOURSAULT Lett. nouv. t. III, p. 36.
   Dont on fait un mauvais emploi.
   Après trente-trois ans sur le trône perdus, Commençant à régner, il a cessé de vivre [Louis XIII], CORN. Sonnet sur Louis XIII.
   Les plus beaux jours de la vie Sont perdus sans les amours, QUINAULT Cadmus, Prol..
   C'est temps perdu, c'est peine perdue, se dit des choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps ou de la peine.
   Salle des pas perdus, voy. pas 1, n° 20.
   Qui demeure sans emploi, inutile.
   Et j'ai pitié de voir tant de bonté perdue, CORN. Théod. IV, 3.
   Il n'y avait rien de perdu dans sa conversation, HAMILT. Gramm. 9.
   Tant d'esprit et d'agréments [de la comtesse de Königsmark] étaient perdus auprès d'un homme tel que le roi de Suède, VOLT. Charles XII, 2.
   Perdu pour, dont on ne tire pas profit.
   On savait partout qu'il [Philippe de Macédoine] avait soumis les villes de la Chalcidique, plutôt à force de présents que par la valeur de ses troupes, et cet exemple est perdu pour les Olynthiens, BARTHÉL. Anach. ch. 61.
   Perdu pour, se dit aussi des personnes.
   La voilà devenue une des plus grandes dames du royaume ; mais aussi la voilà perdue pour moi, MARIVAUX Marianne, 9e part..
   Olympie aujourd'hui, Seigneur, sera perdue et pour vous et pour lui, VOLT. Olymp. v, 1.
   Moments perdus, heures perdues, moments, heures de loisir d'une personne ordinairement fort occupée.
   Que fait votre paresse pendant tout ce tracas.... Elle vous attend dans quelque moment perdu pour vous faire au moins souvenir d'elle, SÉV. 3 mars 1671.
   Je prie très humblement Votre Majesté de vouloir bien à ses heures perdues, ou plutôt dans ses instants de délassement (car elle n'a point d'heures à perdre)...., D'ALEMB. Lett. au roi de Prusse, 12 déc. 1766.
   C'est du bien perdu, se dit de tout ce qui survient d'agréable ou d'utile pour une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter.
   Où on a eu le désavantage.
   Je sais que sa brigade, à peine descendue, Rétablit à nos yeux la bataille perdue, CORN. Toison d'or, I, 1.
10°   Qui est atteint sans ressource dans sa vie, dans sa fortune.
   Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, CORN. Cinna, v, 1.
   Un homme extrêmement perdu de conscience, PASC. Prov. XV.
   Quand il sut [Lauzun] qu'on le menait à Pignerol, il soupira, et dit : Je suis perdu, SÉVIGNÉ 106.
   Il n'y a guère eu de prince si perdu de débauche, ROLLIN Histoire ancienne, Oeuvr. t. IX, p. 343, dans POUGENS..
   Ce serait un homme perdu dans l'estime publique, MARIVAUX Marianne, 6e part..
   Dumarsais [pour avoir défendu le livre des Oracles] était perdu sans le président de Maisons, et Fontenelle [pour l'avoir écrit] sans M. d'Argenson, VOLT. Mélanges littéraires, honnêtetés littér. Préambule.
   Des hommes perdus d'envie, de noirceur et de débauche, MARMONTEL Oeuvr. t. VI, p. 151.
   Perdu auprès de, perdu dans l'esprit de, qui a perdu la bonne opinion qu'on lui accordait.
   Le bruit que j'étais amoureux lui donna de si grandes inquiétudes et de si grands chagrins, que je me crus cent fois perdu auprès d'elle, Mme DE LA FAYETTE Princ. Clèv. Oeuvr. t. II, p. 135, dans POUGENS.
   Milord Peterboroug fut perdu dans l'esprit de la reine Anne et dans celui de l'archiduc, pour leur avoir donné Barcelone, VOLT. Jenni, 4.
   Être perdu d'honneur, de réputation, avoir perdu l'honneur, la réputation.
   Perdu de goutte, de rhumatisme, dont la constitution est ruinée par la goutte, par le rhumatisme.
   Quoique depuis longtemps elle [la 1re femme de Philippe V] fût perdue d'écrouelles, DUCLOS Oeuvr. t. VI, p. 109.
   Un homme perdu, un homme dont la vie ne laisse plus d'espérance. Il a une attaque d'apoplexie ; c'est un homme perdu.
   Un homme perdu, un homme sans ressources.
   Il [Voltaire] nous a dit plusieurs fois que son père l'avait cru perdu, parce qu'il voyait bonne compagnie et qu'il faisait des vers, VOLT. Mél. litt. Comm. oeuv. aut. Henr..
   Que fait votre fils ? ce qu'il fait ? il est perdu ; il dessine, il fait des vers, DIDER. Salon de 1767, Oeuv. t. XIV, p. 12, dans POUGENS.
   Par exagération. Être perdu, encourir blâme, reproche.
   Silvestre : Voilà votre père qui vient. - Octave : ô ciel, je suis perdu !, MOL. Fourb. I, 4.
   Le coadjuteur est perdu d'avoir encore ce crime [avoir fait passer Mme de Grignan sous le pont d'Avignon] avec tant d'autres, SÉV. 27 mars 1671.
   Un mari qui oserait y consentir [à ce que sa femme nourrît] serait un homme perdu, J. J. ROUSS. Ém. I.
   Un homme perdu, un homme sans moralité.
   Oui, mon cher fils, parlez, traitez-moi de perfide, D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide, MOL. Tart. III, 6.
   C** n'aime que ses plaisirs, et n'est estimé que d'une jeunesse perdue, MAINT. Lett. à Ninon de l'Enclos, 8 mars 1666.
   Une femme perdue, une femme sans moeurs.
   De quelque manière qu'il pallie ses maximes, celles que j'ai à vous dire ne vont en effet qu'à favoriser les juges corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues...., PASC. Prov. VIII.
   Il ne lui fallait que des filles perdues, et je ne crois pas qu'il fût fait pour avoir de bonnes fortunes, J. J. ROUSS. Confess. III.
   C'est une tête perdue, c'est une personne égarée par la folie ou la passion.
11°   Il se dit des choses auxquelles il n'y a plus de remède.
   Pourvu que les ruines de votre tête se puissent réparer, il n'y a rien de perdu jusqu'ici, BALZ. liv. III, lett. 4.
   Quoi ! ce n'est que cela ? je croyais tout perdu de crier de la sorte, MOL. Sgan. 3.
   Il comptait tout : c'était seize gouttes de vin dans treize cuillerées d'eau ; s'il y en eût eu quatorze, tout eût été perdu, SÉV. 312.
   Seigneur, tout est perdu ; les rebelles, Pharnace, Les Romains sont en foule autour de cette place, RAC. Mithrid. IV, 7.
12°   Qui a disparu, qui ne peut plus être aperçus retrouvé.
   Ou perdu dans la foule obscure, J. B. ROUSS. Odes, IV, 7.
   Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer...., BEAUMARCH. Mar. Fig. V, 3.
   Il [le navire] était déjà disparu, qu'il croyait le voir encore : et, quand il fut perdu dans la vapeur de l'horizon, il s'assit dans ce lieu sauvage, BERN. DE ST-P. Paul et Virginie..
13°   Absorbé, plongé.
   Eudice, Statire étaient perdues dans la douleur, MONTESQ. Lys..
   Perdu dans cet abîme de pensées désolantes, il [Napoléon] tombe dans une si grande contention d'esprit qu'aucun de ceux qui l'approchent n'en peut tirer une parole, SÉGUR Hist. de Napol. IX, 3.
14°   Substantivement. Comme un perdu, comme un homme dont la tête est perdue.
   Objet qui les fit rire tous, Comme des perdus ou des fous, SCARR. Virg. V.
   Pour la Mousse il court comme un perdu, SÉV. 104.
   Éraste est amoureux de toi. - Comme un perdu, DANCOURT Colin-maillard, SC. 17.
   À peine était-il jour que mon maître est venu M'arracher de mon lit, criant comme un perdu, BOISSY Impatient, I, 2.
PROVERBES
   Ce qui est différé n'est pas perdu.
   Un bienfait n'est jamais perdu, un bienfait a tôt ou tard sa récompense.
   Si vous n'avez point d'autre sifflet, votre chien est perdu, c'est-à-dire si vous n'avez point d'autre ressource, la chose est désespérée.
   Pour un perdu deux retrouvés, ou deux recouvrés, se dit quand on veut faire entendre que la perte qu on a faite est facile à réparer.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
PERDU. Ajoutez :
15°   Regard perdu, regard qui, ne voyant pas, ne se fixe sur rien.
   C'est l'habitude ordinaire du corps qui dénonce leur cécité : le regard, sans expression, toujours perdu, comme disent les peintres, est d'une indicible tristesse ; leur oeil est insensible à la douleur comme à la lumière [il s'agit des amaurotiques], MAXIME DU CAMP Rev. des Deux-Mondes, 15 avril 1873, p. 810.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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  • perdu — perdu, ue [ pɛrdy ] adj. • XIVe « damné »; de perdre I ♦ Qui a été perdu (⇒ perdre, I ). 1 ♦ Dont on n a plus la possession, la disposition, la jouissance. Argent perdu au jeu. « Le Paradis perdu », poème de Milton. Tout est perdu : il n y a plus …   Encyclopédie Universelle

  • perdu — Perdu, [perd]ue. part. Il a les significations de son verbe. On dit prov. qu Un bienfait n est jamais perdu, pour dire, qu Un bienfait a tost ou tard sa recompense de quelque part que ce soit. On dit aussi prov. De tout ce qui survient d agreable …   Dictionnaire de l'Académie française

  • perdu — or perdue [pər do͞o′, pərdyo͞o′] adj. [Fr perdu, masc., perdue, fem., pp. of perdre, to lose < L perdere: see PERDITION] out of sight; in hiding; concealed, as in military ambush n. [< PERDU the adj.; also contr. of Fr sentinelle perdue,… …   English World dictionary

  • Perdu — Per*du (p[ e]r*d[=u] or p[ e]r d[ u]), n. [See {Perdu}, a.] 1. One placed on watch, or in ambush. [1913 Webster] 2. A soldier sent on a forlorn hope. Shak. [1913 Webster] …   The Collaborative International Dictionary of English

  • Perdu — Per*du , Perdue Per*due (p[ e]r*d[=u] or p[ e]r d[ u]), a. [F. perdu, f. perdue, lost, p. p. of perdre to lose, L. perdere. See {Perdition}.] 1. Lost to view; in concealment or ambush; close. [1913 Webster] He should lie perdue who is to walk the …   The Collaborative International Dictionary of English

  • Perdu [1] — Perdu (fr., spr. Perdüh), verloren …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Perdu [2] — Perdu, Berg, so v.w. Montperdu …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Perdu — (franz., spr. dǖ, ital. perduto), verloren …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • perdu — index hidden, recondite Burton s Legal Thesaurus. William C. Burton. 2006 …   Law dictionary

  • perdu — reperdu éperdu …   Dictionnaire des rimes


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