oraison


oraison
(o-rê-zon) s. f.
   Terme de grammaire. Assemblage de mots construits suivant les règles de la grammaire.
   Pour rompre toute loi d'usage et de raison Par un barbare amas de vices d'oraison, MOL. Femm. sav. II, 7.
   L'avantage qu'il y a à avoir un mot de moins à placer dans l'oraison, LA BRUY. XIV.
   De ces grands mots, clinquant de l'oraison, J. B. ROUSS. Ép. II, 2.
   Les parties d'oraison ou de l'oraison étaient autrefois ce que nous nommons aujourd'hui parties du discours, c'est-à-dire les espèces de mots.
   Dans le langage didactique, ouvrage d'éloquence composé pour être prononcé en public. Une oraison dans le genre démonstratif. L'exorde est une des parties de l'oraison.
   Nom que l'on donne aux discours des anciens orateurs grecs et latins. Les oraisons de Démosthène, de Cicéron.
   L'on n'a guère vu jusqu'à présent un chef-d'oeuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs : Homère a fait l'Iliade.... et l'orateur romain ses oraisons, LA BRUY. I.
   Je suis corps, il n'y a point d'esprits ; cela me paraît bien grossier ; j'ai bien de la peine à penser que votre oraison pro lege Manilia ne soit qu'un résultat de la déclinaison des atomes, VOLT. Memmius, III, 14.
   Oraison funèbre, discours d'éloge, prononcé après la mort d'un personnage.
   Ne vous a-t-on pas envoyé l'oraison funèbre de M. de Turenne [par Mascaron] ? M. de Coulanges et le petit cardinal m'ont déjà ruinée en ports de lettres, mais j'aime bien cette dépense : il me semble n'avoir jamais rien vu de si beau que cette pièce d'éloquence ; on dit que l'abbé Fléchier veut la surpasser, mais je l'en défie ; il pourra parler d'un héros, mais ce ne sera pas de M. de Turenne ; et voilà ce que M. de Tulle [Mascaron] a fait divinement à mon gré, SÉV. 242.
   En arrivant ici, Mme de Lavardin me parla de l'oraison funèbre de Fléchier ; nous la fîmes lire, et je demande mille et mille pardons à M. de Tulle ; mais il me parut que celle-ci était au-dessus de la sienne, SÉV. 263.
   Une oraison funèbre n'est aujourd'hui bien reçue du plus grand nombre des auditeurs, qu'à mesure qu'elle s'éloigne davantage du discours chrétien, ou, si vous l'aimez mieux ainsi, qu'elle approche de plus près d'un éloge profane, LA BRUY. XV.
   L'oraison funèbre de Bertrand du Guesclin en 1380 est le premier exemple d'une oraison funèbre prononcée dans l'église, SAINT-FOIX Ess. Paris, Oeuv. t. IV, p. 259, dans POUGENS.
   Quand on lit son oraison funèbre [de le Tellier, par Bossuet], et qu'on la compare avec sa conduite, que peut-on penser, sinon qu'une oraison funèbre n'est qu'une déclamation ?, VOLT. Louis XIV, 25.
   Il [Bossuet] se livra bientôt à un autre genre, où il n'eut ni supérieur ni égal, celui des oraisons funèbres ; toutes celles qu'il a prononcées portent l'empreinte de l'âme forte et élevée qui les a produites, D'ALEMB. Éloges, Bossuet.
   L'oraison funèbre était un hommage d'étiquette chez les Romains, ainsi que de nos jours, DIDER. Claude et Nér. I, 35.
   L'impression que font sur les âmes de grands exemples retracés avec une vive éloquence, sont les principes d'utilité sur lesquels a été fondé dans tous les temps l'usage des oraisons funèbres : il fut institué chez les Grecs par Solon, chez les Romains par Valérius Publicola, MARMONTEL Élém. litt. Oeuv. t. IX, p. 114.
   Menteur comme un compliment, comme une oraison funèbre, se dit de quelqu'un qui ment, de quelque chose qui est un mensonge.
   Fig.
   Et afin qu'il [un calomniateur] soit cru charitable, dans le moment même qu'il assassine, il ne tue personne dont premièrement il ne fasse l'oraison funèbre, BALZ. De la cour, 5e disc..
   Prière à Dieu ou aux saints. Oraison jaculatoire. Faire l'oraison. Faire une oraison. L'oraison de tel saint.
   Faisant mainte oraison, l'oeil au ciel, les mains jointes, RÉGNIER Sat. VIII.
   Le pasteur était à côté, Et récitait, à l'ordinaire, Maintes dévotes oraisons, LA PONT. Fabl. VII, 11.
   Las ! il vit comme un saint ; et dedans la maison Du matin jusqu'au soir il est en oraison, MOL. le Dép. III, 6.
   Voulez-vous voir quel était l'esprit d'oraison du serviteur de Dieu ?, BOSSUET Bourgoing..
   Ces âmes épanchées et dissipées qui aiment à se répandre au dehors.... sont-elles pour l'ordinaire bien spirituelles et filles d'oraison, si elles ne sont recueillies ?, BOSSUET Serm. Instr. aux ursulines sur le silence, 1.
   Touchés des périls de ceux qui, marchant, comme dit David, dans les grandes choses et dans des choses merveilleuses au-dessus d'eux, recherchent, dans l'oraison, des sublimités que Dieu n'a pas révélées et que les saints ne connaissent pas, BOSSUET Ordonn. sur les états d'oraison.
   Jamais l'heure de l'oraison ne fut changée ni interrompue, pas même par les maladies.... selon le précepte de Jésus-Christ, son oraison fut perpétuelle, pour être égale au besoin, BOSSUET Anne de Gonz..
   Ange saint, qui présidiez à l'oraison de cette sainte princesse.... racontez-nous les ardeurs de ce coeur blessé de l'amour divin, BOSSUET Marie-Thér..
   J'appelle oraison chimérique, celle dont l'Évangile ne nous parle point, et que Jésus-Christ ni saint Paul ne nous ont jamais enseignée, BOURDAL. 5e dim. après Pâques, Dominic. t. II, p. 210.
   L'oraison la plus commune est celle dont le Fils de Dieu nous a lui-même prescrit la forme, et que nous appelons pour cela oraison dominicale, BOURDAL. ib. t. II, p. 216.
   Si le roi marchait au milieu des hivers, l'oraison de la reine pénétrait les nues pour lui préparer les saisons, FLÉCH. Mar.-Thér..
   Frappé de ces murmures importuns qui interrompent les oraisons des fidèles [durant le service divin], FLÉCH. Duc de Mont..
   Il [le Tasse] n'eût point de son livre illustré l'Italie, Si son sage héros, toujours en oraison, N'eût fait que mettre enfin Satan à la raison, BOILEAU Art poét. III.
   États d'oraison, les divers états de l'âme pour et pendant l'oraison.
   Oraison mentale, oraison qui se fait sans proférer aucune parole ; par opposition à oraison vocale.
   Je connais une personne fort vertueuse.... qui emploie les jours et les nuits en des oraisons vocales, sans pouvoir jamais faire l'oraison mentale, STE THÉRÈSE dans BOSSUET Ét. d'orais. IX, 13.
   Elle lit Rodriguez, fait l'oraison mentale, BOILEAU Sat. X.
   Il [Ravaillac] était très dévot, faisait l'oraison mentale et jaculatoire ; il avait même des visions célestes, VOLT. Moeurs, 174.
   Fig.
   Dieu, dis-je en moi-même tout bas, Dieu, délivre-nous du malin et du langage figuré ! les médecins m'ont pensé tuer, voulant me rafraîchir le sang ; celui-ci m'emprisonne, de peur que je n'écrive du poison.... Jésus, mon Sauveur, sauvez-nous de la métaphore ! après cette courte oraison mentale, je repris...., P. L. COUR. Pamph. des pamph..
   Il a dit le matin une bonne oraison, se dit à un homme à qui, pendant le jour, il arrive quelque heureuse fortune.
   Terme d'église. Se dit quelquefois pour salut. Aller à l'oraison.
   Au mot SANCTIFIER, l'Académie met un grand O à Oraison dominicale ; elle n'en met point à la même expression dans l'article ORAISON.
   XIIe s.
   Prestre n'i fit beneïçon ; Messe n'i ot ne orison, WACE Brut, V. 7181.
   Une nuit, quant mult fu penez en oreisun E il fu endormiz, Th. le mart. 94.
   Que par vostre preiere e par vostre oreisun, Puisse l'amour conquerre del pretius barun, ib. 161.
   XIIIe s.
   Le patriarche ou le prelat.... li dit plusiors orisons sur la teste, Ass. de J. I, 29.
   Et aussi li moustiers est communs à toz por fere ses orisons, en tans et en lieu convenable, BEAUMANOIR XXIV, 14.
   Il appela les sains pour li aider et secourre, et meismement monseigneur Saint Jaque, en disant s'oroison qui commence : Esto domine, JOINV. 303.
   XIVe s.
   Oroison sans devocion est messagier sans lettres, Ménagier, I, 3.
   XVIe s.
   Jusques à ce que, par oraisons et sacrifices, ils eussent appaisé l'ire des dieux, MONT. I, 64.
   Je sçaiz bon gré à J. Amyot d'avoir laissé dans le cours d'une oraison françoise les noms latins touts entiers, MONT. I, 345.
   Provenç. oratio, oraso, oration, orazon ; espagn. oracion ; ital. orazione ; du latin orationem, de orare, parler, dénominatif de os, oris, bouche.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
ORAISON. Ajoutez :
   L'oraison dominicale, la prière, dite aussi le Pater, qui commence par ces mots : Notre père qui êtes aux cieux.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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