moins

moins
(moin ; l's se lie : moin-z on a.... Au XVIIe siècle, quelques-uns prononçaient mains, c'était une prononciation archaïque)
   Adv. comparatif de peu, répondant à l'adverbe latin minus, opposé à plus et servant à marquer infériorité ou diminution. Parlez moins haut. Un peu plus, un peu moins.
   Un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, DESC. Médit. I, 10.
   Seigneur, honorez moins une faible conquête, RAC. Iph. I, 2.
   Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins, RAC. Phèdre, II, 5.
   Achille nous menace, Achille nous méprise ; Mais ma fille en est-elle à mes lois moins soumise ?, RAC. Iph. IV, 8.
   En effet, ajoutait-il [Papirius], l'or et l'argent, à parler vrai, sont moins des armes que des dépouilles, ROLLIN Hist. anc. Oeuv. t. VIII, p. 140, dans POUGENS.
   Ne.... pas moins, n'en.... pas moins, c'est-à-dire tout de même, nonobstant. Je suis souffrant, mais je n'en irai pas moins à la cérémonie.
   Je n'en perdrai pas moins ce peuple abominable, RAC. Esth. II, 6.
   Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus coupable, RAC. Phèdre, I, 3.
   Moins que jamais, se dit pour exprimer une impossibilité absolue.
   Après l'éclat et les pas que j'ai faits, Je dois vous épouser encor moins que jamais, RAC. Bérén. V, 6.
   Encor moins, se dit, après une première réponse négative, pour nier encore plus fortement dans une seconde réponse. Connais-tu cette femme, lui dit le visir ? Non, seigneur, lui répondit Dgerberi.
   Tu connais donc son fils ? Encore moins, reprit-il, COMTE DE CAYLUS (CROSLEY) Cont. orient. Hist. du portefaix, Oeuv. t. VIII, p. 190, dans POUGENS.
   Moins.... moins, plus.... moins, moins.... plus, se dit dans des phrases qui se correspondent.
   Plus je suis votre amant, moins je suis Curiace, CORN. Hor. II, 5.
   Certes, plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, RAC. Brit. I, 2.
   Moins on lui en parlait, et plus il s'en occupait, J. J. ROUSS. Ém. IV.
   Au commencement du XVIIe siècle, on pouvait, dans cette construction, disposer autrement les adverbes de comparaison.
   J'ai moins de repentir plus je pense à ma faute, MALH. V, 30.
   Le moins, superlatif de peu.
   Nous demandons au ciel ce qu'il nous faut le moins, BOILEAU Épître V.
   Quand j'y pensai le moins, RAC. Théb. III, 6.
   Et les plus malheureux osent pleurer le moins, RAC. Iphig. I, 5.
   Au moins mal qu'il se peut, de la façon la moins mauvaise possible (moins dans cette locution détermine le mot mal, et est par conséquent adverbe).
   Quant au but principal qu'Ésope s'y propose, J'y tombe au moins mal que je puis, LA FONT. Fabl. V, 1.
   Ne.... pas le moins du monde, en aucune façon (dans cette locution, le moins du monde détermine un verbe et est par conséquent adverbe).
   Le roi ne s'aperçut pas le moins du monde de cette scène, DUCLOS Oeuv. t. V, p. 316.
   Absolument. Avez-vous eu connaissance de ce bruit ? pas le moins du monde.
   Moins pour le moins, tournure archaïque et qui n'est plus guère usitée.
   Ce Dieu touche les coeurs lorsque moins on y pense, CORN. Poly. IV, 3.
   Souvent le bonheur vient lorsque moins on l'espère, RACAN Berger. V, 3.
   Pour montrer que son coeur sait, quand moins on y pense, D'une bonne action verser la récompense, MOL. Tart. V, 7.
   De tous les besoins publics c'est celui qui court moins de risque, MASS. Carême, Resp. hum..
   De toute la philosophie de Platon, la partie que je crois moins soutenable est la physique, FLEURY Disc. sur Platon, III.
   Moins a certains emplois où il est adjectif, répondant à l'adjectif latin neutre minus.
   C'est moins que rien, se dit d'une chose de nulle considération, et aussi d'une personne qu'on méprise. Cette femme est moins que rien. Cette blessure est moins que rien.
   Dans certaines locutions que l'usage a consacrées, au lieu du que, on emploie de. Cela coûtera moins de dix francs.
   Votre exemple ne laisse à personne à douter, Qu'à moins de la couronne on peut le mériter, CORN. Othon, IV, 4.
   En moins de, dans moins de, c'est-à-dire dans un moindre espace de temps.
   Ainsi Charles XII, à dix-huit ans, commença et finit cette guerre en moins de dix semaines, VOLT. Charles XII, 2.
   En moins de rien, en très peu de temps, en un moment.
   Mais, sitôt qu'il parut, je vis en moins de rien Tout mon camp déserté pour repeupler le sien, CORN. Sertor. I, 1.
   Toute votre félicité, Sujette à l'instabilité, En moins de rien tombe par terre, CORN. Poly. IV, 2.
   On dépeuplerait un État en moins de rien, si on en tuait tous les médisants, PASC. Prov. VII.
   Nos gens ont chassé en moins de rien les ennemis de la demi-lune, et s'en sont emparés, PELLISSON Lett. hist. t. III, p. 241, dans POUGENS.
   Cette tournure est le reste d'un archaïsme. Dans l'ancienne langue, le complément des comparatifs se marquait par de : Moins grand de moi, ce qui répond à l'ablatif latin : minor me.
   A moins de, loc. prép. À un prix au-dessous de (dans cette locution, moins joue le rôle d'adjectif). Je ne lui donnerai pas ce cheval à moins de mille francs.
   C'est encore ici un reste de l'archaïsme noté plus haut, n° 7.
   Absolument. À moins, pour un prix moindre, pour une peine moindre, pour une cause moindre. Vous avez beau marchander, vous ne l'aurez pas à moins. On rirait, on se fâcherait à moins.
   Et je crois qu'à moins on s'effraie, LA FONT. Fabl. I, 12.
   La tête tourne à moins, SÉV. 214.
   J'ai compris [dit une vierge infidèle] qu'on pouvait vous servir à moins, que vous ne demandiez pas des empressements si vifs et une fidélité si scrupuleuse, MASS. Prof. relig. Serm. 2.
   À moins de, sans une certaine condition (le de est ici pour le que qui suit les comparatifs).
   À moins de cela il ne devait pas exposer sa réputation en produisant des ouvrages si ridicules, RACAN Mém. pour la vie de Malherbe..
   Je me voyais perdue à moins d'un tel otage, CORN. Rodog. II, 2.
   Tout est perdu, madame, à moins d'un prompt remède, CORN. Nicom. V, 4.
   Je sais qu'à moins d'une couronne sur la tête, je ne saurais seconder votre mérite, CYRANO DE BERG. Pédant joué, V, 10.
   À moins que de, avec un substantif, au-dessous de, pour quelque chose de moindre (cette locution, irrégulière d'ailleurs, ne s'explique que par le pléonasme du que qui suit les comparatifs, avec le de archaïque qui les suivait autrefois et qui les suit aujourd'hui en quelques cas avec moins et plus).
   À moins que d'une reine il n'a pu s'enflammer, CORN. D. Sanche, IV, 5.
   Ce serait pour Carthage un bonheur signalé ; Mais, madame, les dieux vous l'ont-ils révélé ? À moins que de leur voix, l'âme la plus crédule D'un miracle pareil ferait quelque scrupule, CORN. Soph. I, 3.
   À moins que d'une tête un si grand corps chancelle, CORN. Othon, III, 3.
   À moins que de cela, l'eussé-je soupçonné ?, MOL. l'Ét. I, 10.
   À moins que, sans de, ce qui est la locution correcte, mais est devenu un archaïsme.
   Ces miracles visibles Ne sont point ouvrages possibles, à moins qu'une immortelle main, MALH. III, 3.
   Après leur avoir demandé s'ils étaient condamnés à faire des vers ou à être pendus, il leur disait qu'à moins que cela ils n'en devaient point faire, RACAN Lett. XI, à Chapelain..
   Moi dont la perte est sûre à moins que sa ruine, CORN. Nicom. III, 8.
   À moins que de, avec un verbe à l'infinitif, indique une condition qui, si elle ne s'effectue pas, laisse faire ce dont il s'agit.
   Et ta beauté, sans doute, emportait la balance, à moins que d'opposer à tes plus forts appas Qu'un homme sans honneur ne te méritait pas, CORN. Cid, III, 4.
   Toute puissance est faible à moins que d'être unie, LA FONT. Fabl. IV, 18.
   On peut supprimer le que. À moins d'être fou, il n'est pas possible de raisonner ainsi.
   À moins que.... sans de, avec un verbe à l'infinitif.
   Je ne t'écoute pas à moins que m'épouser, CORN. le Ment. II, 3.
   N'es-tu pas, Ô mon Dieu, mon Seigneur souverain, Et moi ton serviteur, pauvre, lâche, imbécile, Dont tout l'effort est inutile à moins qu'avoir l'appui de ta divine main, CORN. Imit. III, 10.
   Le moyen d'en rien croire à moins qu'être insensé ?, MOL. Amph. II, 1.
   Et l'on ne doit jamais souffrir sans dire mot De semblables affronts, à moins qu'être un vrai sot, MOL. Sgan. 17.
   Qui croit qu'on n'est point sage à moins qu'être insensible, DESTOUCHES Phil. mar. I, 6.
   Les grammairiens ont condamné la tournure à moins que avec un infinitif. Mais c'est tout au plus un archaïsme, et rien n'empêcherait de s'en servir en vers et dans la prose élevée suivant l'euphonie.
   À moins que, loc. conj. qui régit le subjonctif avec la particule ne, et qui signifie si ce n'est que.
   Un lièvre en son gîte songeait (Car que faire en un gîte à moins que l'on ne songe ?), LA FONT. Fabl. II, 14.
   À moins que votre coeur, animé d'un beau zèle, De vos nouveaux amis n'embrasse la querelle, RAC. Alex. II, 3.
   À moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous faisait trembler, RAC. Athal. II, 7.
   À moins qu'un homme ne soit un monstre, la douceur d'une femme le ramène et triomphe de lui tôt ou tard, J. J. ROUSS. Ém. V.
   Quelquefois le ne est supprimé, du moins en vers.
   À moins que pour régner le destin les sépare, CORN. Oedipe, I, 5.
   À moins qu'à vos projets un plein effet réponde, Ce serait trop donner à discourir au monde, CORN. Ment. II, 1.
   À moins que ton secours me relève le coeur, à moins que ta bonté ranime ma langueur, Mes plus ardents efforts ne peuvent rien produire, CORN. Imit. III, 40.
   À moins qu'il soit mêlé d'un peu de peine, LA FONT. Gag..
   La maîtresse ne peut abuser votre foi, à moins que la suivante en fasse autant pour moi, MOL. le Dép. I, 1.
   Et moi je ne puis vivre à moins que vos bontés Accordent mon pardon à mes témérités, MOL. D. Garc. II, 6.
   Moins a certains emplois où il figure comme substantif abstrait, signifiant une moindre quantité. Il a moins de fortune que vous. Il a moins de capacité que son frère.
   Eux trois [protecteurs] voulaient moins de reconnaissance Qu'à ce marchand il n'en coûtait pour un, LA FONT. Fabl. VIII, 18.
   Nous avons parlé sérieusement de ses affaires [du marquis de Pomenars], qui ne sont jamais de moins que de sa tête ; le comte de Creance veut à toute force qu'il ait le cou coupé ; Pomenars ne veut pas ; voilà tout le procès, SÉV. 26 juill. 1671.
   Il lui coûtait moins d'exposer sa vie, que de dissimuler ses sentiments, FLÉCH. Duc de Mont..
   Je veux moins de valeur et plus d'obéissance, RAC. Iph. IV, 6.
   Ayez moins de frayeur ou moins de modestie, RAC. Brit. II, 3.
   En un mot, moins de superstitions, moins de fanatisme ; et moins de fanatisme, moins de malheurs, VOLT. Dict. phil. Superstition, V.
   On a moins de génie que dans le siècle de Louis XIV, moins de vrai talent, moins de grâce et de politesse ; mais on a beaucoup plus de connaissances ; notre philosophie n'est pas à mépriser, VOLT. Lett. Richelieu, 1er oct. 1775.
   Il ne le menace pas de moins que de lui rompre bras et jambes, c'est-à-dire ses menaces vont jusqu'à dire qu'il lui rompra bras et jambes.
   Ni plus ni moins. Il n'en fait ni plus ni moins. SÉV. 44.
   Quand je me fâcherais, il n'en sera ni plus ni moins, c'est-à-dire la chose restera la même.
10°   Moins, employé substantivement avec l'article le, la plus petite partie.
   Et le glaive est le moins de ma calamité, MALH. IV, 7.
   Que le plus et le moins y mette différence, RÉGNIER Sat. XV.
   Le moins qu'on puisse faire, se dit pour exprimer que la chose qu'on fait est la moindre, et qu'on devrait faire davantage. Le moins que vous puissiez faire, c'est de l'aller trouver.
   C'était bien le moins qu'ils fissent brûler Zadig pour le mauvais tour qu'il leur avait joué, VOLT. Zadig, 13.
   Moins se dit quelquefois archaïquement en ce sens pour le moins.
   Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point, dans les matières où il doit avoir moins de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées, et des mystères même de ses obscurités, PASC. Traité sur le vide, Préf..
PROVERBE Qui peut le plus, peut le moins.
11°   Il se construit aussi comme substantif avec du, et se joint à plus ; la locution signifie d'une quantité plus ou moins grande.
   Tous les hommes sont fous, et, malgré tous leurs soins, Ne diffèrent entre eux que du plus ou du moins, BOILEAU Sat. IV.
   Ils sont à peu près d'accord, ils en sont sur le plus et le moins, il ne s'agit maintenant que du plus ou du moins, c'est-à-dire il n'y a plus entre eux de débat que sur la quantité, sur la somme plus ou moins considérable à donner d'un côté et à recevoir de l'autre.
   La chose ne peut pas être arrivée ainsi, il faut qu'il y ait du plus ou du moins, il faut qu'on ait supposé des circonstances qui ne sont pas vraies, ou qu'on en ait omis qui le sont.
12°   S. m. Terme d'algèbre. Un moins, trait horizontal qui est le signe de la soustraction ; ainsi dénommé parce qu'il se prononce moins. A-B, prononcez : A moins B.
13°   S. m. Terme d'imprimerie. Tiret long qui ordinairement sert à séparer des phrases ou à remplacer des mots qu'on juge inutile de répéter ; ainsi nommé parce qu'il a la forme du moins employé en algèbre.
14°   L'et tant moins, substantif composé, qui signifie la quantité, la somme qu'il y aura de moins sur une quantité à fournir, une somme à payer.
   Claudine, je t'en prie, sur l'et tant moins, MOL. G. Dand. II, 1.
   Sur et tant moins, en déduction. Je vous donnerai cela sur et tant moins de ce que je vous dois. Sur et tant moins de la somme de mille écus on lui a donné cinq cents francs.
   Cette locution a vieilli ; elle signifie : et autant de moins.
15°   Moins se combine avec quelques propositions pour former des locutions dans lesquelles il a grammaticalement un rôle de substantif.
   Au moins, loc. conj. qui sert à marquer quelque restriction dans les choses dont on parle.
   Quand nous sommes malheureux, au moins avons-nous la mort, qui est comme un port assuré pour sortir de nos misères, BOILEAU Traité du sublime, ch. VII.
   [Il] Présente à mes regards un front séditieux, Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux, RAC. Esth. II, 1.
   Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ?, RAC. Athal. II, 7.
   On dit à peu près de même, tout au moins, pour le moins, à tout le moins.
   Qu'il offre à tout le moins quelque chose qu'on voie, RÉGNIER Sat. VI.
   À tout le moins usons de ce peu de liberté qui nous reste, BALZ. liv. I, lett. 3.
   À tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement, DESC. Méd. I, 10.
   Donne-moi pour le moins le temps de la connaître, CORN. Poly. V, 2.
   Tout au moins vous vous moqueriez de moi, et vous savez combien j'estime votre estime, SÉV. 13 oct. 1673.
   Votre songe, tout faux qu'il est, est pourtant le songe d'un homme qui rêve : tout au moins il est sûr que vous rêvez, FÉN. t. XXIX, p. 248.
   Nous valons pour le moins ce qu'elle a su quitter, VOLT. Scyth. I, 3.
   Au moins, signifie quelquefois sur toutes choses, et sert à avertir celui à qui l'on parle de se souvenir particulièrement de ce qu'on lui dit. Au moins, prenez-y garde, c'est votre affaire. Ne vous en allez pas au moins, j'ai besoin de vous.
   Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines, VOLT. Zaïre, II, 3.
   Au moins signifie encore en une quantité qu'on ne peut évaluer au-dessous de.... Il a au moins dix mille livres de rente....
16°   Du moins, loc. conj. qui sert à restreindre ; c'est un synonyme de au moins. Il est étourdi ; du moins il a bon coeur.
   Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes, CORN. Cinna, IV, 6.
   Il sait aimer du moins, et même sans qu'on l'aime, RAC. Andr. II, 1.
   Du moins a été employé pour signifier en une quantité qui n'est pas au-dessous de ; c'est un archaïsme et un des sens qu'a aujourd'hui au moins.
   ....Je m'en doutais, seigneur, que ma couronne Vous charmait bien du moins autant que ma personne, CORN. Nicom. I, 2.
   Poppée avait pour vous du moins autant d'appas ; Et, quand on vous l'ôta, vous n'en mourûtes pas, CORN. Othon, I, 3.
   Je crois avoir démontré que l'action de l'Heautontimorumenos de Térence comprend du moins quinze heures, MÉNAGE Disc. sur l'Heautont. de Térence, avert..
   Je vais gager qu'en perruques et rubans il y a du moins vingt pistoles, MOL. l'Av. I, 5.
   Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent du moins trois cents piqueurs pour piquer menu, SÉV. 15 juill. 1671.
   Il y a peu de femmes si parfaites qu'elles empêchent un mari de se repentir, du moins une fois le jour, d'avoir une femme, ou de trouver heureux celui qui n'en a point, LA BRUY. III.
   L'évêque était choisi en présence du peuple par les évêques de la province assemblés dans l'église vacante, du moins au nombre de deux ou trois, FLEURY Moeurs des chrét. XXXII.
   Après cette guerre terminée en 1697, l'Europe se voyait sur le point de retomber dans un trouble du moins aussi grand par la mort de Charles II, roi d'Espagne, FONTEN. Tallard..
   Je l'aurai [une terre] pour vingt-cinq mille écus, et je suis assuré qu'elle en vaut bien soixante mille. - Du moins, Monsieur, du moins, LESAGE Crispin rival de son maître, sc. 15.
17°   De moins, loc. adv. De manque. Il y a dans ce sac dix francs de moins.
   On a supprimé jadis la préposition de.
   Il eût mieux valu danser une courante moins, et m'envoyer une lettre, VOIT. Lett. 102.
   Corneille a renversé la place de la préposition de, et dit : J'ai moins d'un ennemi, au lieu de : J'ai un ennemi de moins.
   Enfin, grâces aux dieux, j'ai moins d'un ennemi ; La mort de Séleucus m'a vengée à demi, CORN. Rodog. V, 1.
   De moins sert aussi à exprimer quelque diminution, quelque rabais. Marchandez, vous aurez cela pour quelque chose de moins.
18°   En moins, à déduire. Vous compterez cela en moins.
   Manquant. J'ai reçu en moins trois francs.
19°   Rien moins que, voy. rien.
20°   Rien de moins, voy. rien. L'Académie n'a pas cette locution ; car, quand elle cite comme un exemple : il n'y a rien de moins vrai que cette nouvelle, elle se méprend ; ce n'est pas la locution rien de moins, c'est la locution rien de : il n'y a rien de moins vrai, rien de plus vrai.
21°   Terme d'administration militaire. Moins perçu, ce que l'on n'a pas reçu. Il y a tant de moins perçu.
22°   Moins enchérisseur, celui qui reste adjudicataire dans les adjudications qui se font au rabais (MASSÉ, 1766).
   1. Moins sans que se met ordinairement avant le participe passé dans les temps composés : si je l'eusse moins aimé. Cependant ce n'est pas une faute de dire : si je l'eusse aimé moins.
   2. S'il y a un que, moins se place ordinairement après le participe : Si je l'eusse aimé moins que vous ; mais on peut dire aussi : Si je l'eusse moins aimé que vous.
   XIe s.
   E li plaiez [le blessé] jurra [jurera] sur saintz que par mes [moins] nel pot faire...., Lois de Guill. 11.
   XIIe s.
   Vostre lignage en sera meins amés, Roncisv. 82.
   Quant mains se donent garde cil qui sont au crenel, Sax. IX.
   Tous li mains courrouciez s'estoit bien aatis [décidé], Qu'ains i lairroit la teste que il fust asservis, ib. XXVI.
   XIIIe s.
   Li aisnés ot non Robiers et li mains nés Loeys, Chr. de Rains, 2.
   Mais ore en savons mains que ne savions devant, Berte, CVII.
   Si comme s'il done le [la] coze por mains que ele ne vaut, BEAUMANOIR XXI, 32.
   Une d'eles [des fleches] qui le mains blece, Ot non, ce m'est avis, simplece, la Rose, 943.
   XVe s.
   [Jean Lyon] avoit du moins deux ou trois cens blancs chaperons autour de lui, FROISS. II, II, 53.
   Ce siege dura onze semaines trois jours moins, FROISS. I, I, 143.
   Fut pris le sire de Cliçon et soupçonné de trahison ; à tout le moins grand fame en courut, FROISS. I, I, 212.
   Allons à tout le moins jusques sur le mont d'or, FROISS. II, II, 195.
   Le hourt estoit tant richement paré de drap d'or et de soye qu'il resplendissoit à touz lez [de tous côtés] par le soleil, qui ses raiz matineux gettoit ; et encores estoit ce du moins [c'était encore ce qu'il y avait de moins beau] ; car la pucelle...., Perceforest, t. V, f° 81.
   Car jeunesse et adolescence (C'est son parler, ne mains ne mais), Ne sont qu'abbus et ignorance, VILLON Gr. Test..
   Et là ha continué à escripre le moings mal qu'il ha peu, selon ce qu'on luy ha rapporté, JUVÉNAL DES URSINS Charles VI, 1420.
   XVIe s.
   Tous chevaliers certes ne plus ne mains, Vers les dames doivent tendre les mains, J. MAROT V, 288.
   Qu'il ne veut pas moins fidelement garder aux autres leurs droits, qu'il veut les siens lui estre gardez, CALV. Inst. 905.
   Ceste parole ne s'adresse pas moins aujourd'hui aux chrestiens, qu'elle s'adressoit aux peres du vieil testament, CALV. ib. 1069.
   Voire assez moins que...., MONT. I, 11.
   Les Pallantides avoient tousjours esperé de recouvrer le royaume d'Athenes, à tout le moins après la mort d'Aegeus, AMYOT Thés. 15.
   Diocles a le premier mis ce compte en avant, au moins quant aux principaux points, AMYOT Rom. 3.
   C'est la beste de ce monde la moins mal faisante, AMYOT ib. 14.
   Il eust eu honte, si le plus pauvre homme de la ville de Thebes se fust passé à moins que luy pour sa personne, AMYOT Pélop. 6.
   S'ilz eussent encore poursuivy le moins du monde, ilz eussent sans point de doute attainct le cheval qui l'emportoit, AMYOT Lucull. 31.
   Si veu ne l'avez, pour le moins avez vous ouy de luy parler, RABEL. Pant. III, prol..
   Reste ung petit scrupule à rumpre ; petit, dy je, moins que rien, RABEL. ib. III, 30.
   Wall. mon ; namur. moin ; messin, moué ; provenç. mens, menz, meins ; espag. et portug. menos ; ital. meno ; du lat. minus ; comparez le grec, le goth. mins, minz. Minus est le neutre de minor (voy. moindre). On remarquera, dans l'ancien français, la forme mes, qui concorde avec le préfixe mes....
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
MOINS. - REM. Ajoutez :
   3. Régnier emploie souvent ni moins au sens de encore moins. Or ce [qui me pousse à faire des vers] n'est point de voir en règne la sottise, L'avarice et le luxe entre les gens d'Église.... Ni moins, que la valeur n'ait plus ici de lieu, Que la noblesse coure en poste à l'Hôtel-Dieu, Sat. VI. Cela n'est plus usité.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.


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