marche


marche
marche 1.
(mar-ch') s. f.
Frontière militaire d'un État.
   L'empereur confirme le vasselage de la Bohême et y établit la religion chrétienne ; tout ce qui était au delà était encore païen, excepté quelques marches de la Germanie, VOLT. Ann. Emp. Othon 1er, 951.
   Usité surtout dans le nom de certains pays, comme la marche Trévisane, la marche d'Ancône, la marche de Brandebourg.
   Marche avantagère, nom qu'on donnait en Bretagne, en Poitou et en Anjou, aux limites qui séparent ces trois provinces, à cause de plusieurs priviléges dont jouissaient les habitants des lieux voisins.
   Lettres de marche, voy. marque n° 17, (lettres de).
   XIe s.
   Il est mes fils, et si tiendra mes marches, Ch. de Rol. CCLXX.
   XIIe s.
   E li reis teneit, tute la terre ultre l'ewe deled [du côté de] Tapsa, ki esteit marche de sun regne de cele part, Rois, p. 240.
   XIIIe s.
   Et venoit [Richard] tournoyer es marches de France et de Poito, Ch. de Rains, p. 17.
   XVe s.
   Les treves furent assez bien tenues, exceptées les marches lointaines, FROISS. I, I, 146.
   [Le châtel d'Aiguillon] estoit bien seant et en bonne marche, en la pointe de deux grosses rivieres portans navire, FROISS. I, I, 235.
   XVIe s.
   Ceulx de la marque d'Ancone, MONT. III, 3.
   Il alla combattre le roi sur les marches d'Irlande et d'Angleterre, et le deffit, CARLOIX II, 3.
   Provenç. marcha, marca, marqua, frontière ; bas-latin, marchia ; du germanique : goth. marka ; anc. h. allem. marcha ; anglo-sax. mearc. C'est le même mot que marque.
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marche 2.
(mar-ch') s. f.
   Mouvement de celui qui marche. La marche s'exécute par une série de pas, dont la succession plus ou moins prompte et le plus ou moins de longueur la rendent ou lente ou rapide. Ralentir, retarder, accélérer sa marche.
   C'est en vain qu'à travers des bois, avec sa cavalerie toute fraîche, Bek précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épuisés, BOSSUET Louis de Bourbon.
   ...le prélat vers lui fait une marche adroite, BOILEAU Lutr. v..
   Soutiens d'un malheureux la marche chancelante, VOLT. Scythes, IV, 6.
   Terme de chasse. Se dit des vestiges de la loutre ou du cerf, comme pieds, fuie, etc.
   L'action de marcher, par rapport à la distance ou à la durée. Nous avons été huit jours en marche. Il y a d'ici là trois heures de marche. Faire une longue marche.
   Mouvement des troupes, des armées. La marche des colonnes.
   Que de campements, que de belles marches, que de hardiesse, que de précautions, que de périls, que de ressources !, BOSSUET Louis de Bourbon..
   Ces troupes se mirent en marche sous leurs commandants, FÉN. Tél. XII.
   Ce fut dans une de ces marches [en Ukraine] que deux mille hommes tombèrent morts de froid sous ses yeux [de Charles XII], VOLT. Charles XII, 4.
   Les Russes l'avaient-ils prévenu ? sa manoeuvre était-elle manquée ? n'avait-il point mis assez de rapidité dans cette marche, où il s'agissait de dépasser le flanc gauche de Kutusof ?, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 2.
   Qu'étaient devenus ces mouvements rapides et décisifs de Marengo, d'Ulm et d'Eckmühl ? pourquoi cette marche molle et pesante dans une circonstance si critique ?, SÉGUR ib..
   Dérober sa marche à l'ennemi, exécuter un mouvement à l'insu de l'ennemi.
   Fig. Cacher sa marche, cacher les mesures qu'on prend pour quelque affaire, pour quelque entreprise.
   Marche forcée, par opposition à marche ordinaire, marche que l'on fait en forçant le pas, avec une extrême diligence.
   Fausse marche, se dit quand, feignant de marcher d'un côté, on tourne de l'autre.
   Marche de flanc, marche qu'un corps de troupes fait par le côté d'un de ses flancs.
   Une lettre de Berthier à Kutusof, datée du premier jour de cette marche de flanc, fut à la fois une dernière tentative de paix et peut-être une ruse de guerre, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 1.
   Bataillon de marche, bataillon que l'on forme avec des hommes appartenant à différents corps et qui n'est organisé que pour les conduire à leur destination.
   Il [Napoléon] compte sur les détachements qu'envoient les dépôts, sur les malades et les blessés rétablis, sur les traînards ralliés et formés à Vilna en bataillons de marche, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 5.
   Sonner, battre la marche, donner aux troupes le signal de se mettre en marche.
   L'espace moyen qu'une troupe parcourt en une journée.
   Tout à coup, au milieu du jour, il tourna subitement à droite avec son armée, et gagna en trois marches et à travers champs la nouvelle route de Kalougha, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 1.
   Gagner une marche sur l'ennemi, le devancer de quelque temps ; et fig. obtenir sur son adversaire un avantage de temps et de position.
   Terme de marine. Vitesse progressive d'un navire sous l'impulsion des rames, du vent ou de la vapeur.
   Disposition ou facilité qu'a un navire à faire plus ou moins de chemin avec telle voilure ou sous telle allure.
   Ordre de marche, ordre dans lequel les bâtiments de guerre se placent en faisant route.
   Cérémonie solennelle dans laquelle un cortége, un convoi parcourt un certain espace. Marche triomphale.
   Ce roi parut après une longue marche de prisonniers et de dépouilles, FONT. Candaule et Gygès..
   Fermer la marche, clore la marche, être à la queue d'un cortége, d'une procession, etc.
   On vit passer [à Moscou], sous sept arcs magnifiques, l'artillerie des vaincus [Suédois], leurs drapeaux.... les soldats, les officiers, les généraux, les ministres prisonniers tous à pied.... les vainqueurs à cheval fermaient la marche, les généraux en tête, et Pierre à son rang de général major, VOLT. Russie, I, 19.
   Par extension, fermer la marche se dit de ceux qui sont les derniers d'une bande qui chemine. Ils étaient en tête, et nous fermions la marche.
   Convoi.
   La mortalité prodigieuse des ouvriers [travaillant à Versailles], dont on remporte toutes les nuits, comme de l'hôtel-Dieu, des charrettes pleines de morts ; on cache cette triste marche pour ne pas effrayer les ateliers, SÉV. 12 oct. 1678.
   Voyage.
   J'ai une envie extrême de savoir de vos nouvelles, et comme vous vous trouvez de la tranquillité et de la longueur de votre marche, SÉV. t. XI, p. 10, éd. RÉGNIER..
   Ce fut un valet de chambre de M. de Pompone, qui arriva le dimanche à neuf heures dans la chambre de Mme de Vins ; c'était une marche si extraordinaire que celle de cet homme, et il était si excessivement changé, que Mme de Vins crut absolument qu'il lui venait dire la mort de M. de Pompone ; de sorte que, quand elle sut qu'il n'était que disgracié, elle respira, SÉV. 22 nov. 1679.
   La marche des astres, des corps célestes, leur mouvement réel ou apparent.
   Le soleil par deux fois a, d'un tropique à l'autre, Éclairé dans sa marche et ce monde et le nôtre, VOLT. Alz. II, 2.
   Du palais du Soleil les brillantes demeures, Ses coursiers enflammés, attelés par les Heures, En s'évanouissant laisseront sous nos yeux Et l'ordre des saisons et la marche des cieux, DELILLE Imag. V.
   La marche d'une montre, d'une pendule, la manière dont elle se conforme au mouvement effectif des corps célestes qui marquent les heures. La marche d'une montre marine est la variation journalière de cette montre.
   De fréquentes relâches [du navire] mettaient à portée de vérifier la régularité de la marche des montres marines, CONDORCET Courtanvaux..
10°   Terme de musique. Marche harmonique, marche de l'harmonie, la succession des différents accords, et la manière dont la modulation passe d'un ton à un autre.
11°   Au jeu d'échecs, mouvement particulier de chaque pièce. La marche du roi. La marche insidieuse du cavalier.
   Il se dit aussi des autres jeux. La marche du jeu de dames, du whist, etc.
12°   Fig. Conduite, manière d'agir, de procéder. Il cache habilement sa marche. La marche de la nature.
   Une forte constitution et une santé ferme secondaient parfaitement la marche vigoureuse de son esprit et le soutinrent jusque vers la fin de sa vie, MAIRAN Éloge de Halley..
   Les hommes de génie ont communément, dans le cours de leurs études, une marche particulière qui les caractérise, DIDER. Opin. des anc. philos. (hobbisme)..
   La marche par laquelle vous avez obtenu des connaissances n'en justifie ni l'objet ni l'usage, J. J. ROUSS. Lett. à Mlle D. M. 7 mai 1764.
   La marche du siècle, le progrès que chaque siècle fait spontanément dans les voies de la civilisation. De tels changements dans les idées et dans les rôles, au sein d'une population aussi prompte à perdre ses illusions qu'à les adopter, étaient l'oeuvre d'un seul homme [Napoléon 1er] doué du génie le plus audacieux, plus remarquable encore par sa sagacité et son discernement que par son audace, qui avait espéré pouvoir arrêter la marche du siècle présent, et qui y était parvenu pour quelques années, MOLLIEN, Mémoires d'un ministre du trésor, I, 30 et 31.
   La marche d'un poëme, d'un ouvrage, etc. le progrès de l'action dans un poëme, la progression des idées dans un ouvrage.
   La marche du style, d'une phrase, la manière dont le style, une phrase procède.
   Le français, par la marche naturelle de toutes ses constructions et aussi par sa prosodie, est plus propre qu'aucune autre langue à la conversation, VOLT. Dict. phil. Langues..
   Terme de peinture. Se dit de la manière dont procède le crayon ou le pinceau, de l'ordre dans lequel se présentent les figures, les groupes, les masses d'ombre et de lumière, la suite des plans d'un tableau.
13°   Air de musique qui règle et anime la marche soit de troupes, soit de tout autre corps. La marche des Gardes-Françaises. La marche funèbre de la symphonie héroïque de Beethoven. Il y a dans l'Alceste de Gluck une très belle marche religieuse.
   Il y avait une distinction à faire et qu'on n'a point faite, entre les musiques convenables à la troupe en parade, et celles qui lui conviennent en marchant, et qui sont proprement des marches, J. J. ROUSS. Sur la mus. milit..
   Par extension, air de musique qui a le mouvement d'un air militaire.
14°   Partie d'un escalier sur laquelle on pose le pied pour monter ou pour descendre.
   Et comme une victime aux marches de l'autel, Il semblait présenter la gorge au coup mortel, CORN. Hor. IV, 2.
   Marches gironnées, celles des quartiers tournants des escaliers ronds ou ovales.
   La marche d'angle, est celle qui est la plus longue d'un quartier tournant.
   Marche de demi-angle, la marche qui précède et celle qui suit la marche d'angle.
   Marche dansante, celle qui est plus large d'un bout que de l'autre, dans les parties tournantes d'un escalier.
   Marches moulées, marches bordées d'une moulure.
   Fig. Être sur les marches du trône, se dit d'un prince appelé par sa naissance à remplacer celui qui règne.
15°   Les tourneurs et les tisserands appellent marche, le morceau de bois sur lequel ils mettent le pied, pour faire aller leur travail. Les marches d'un métier à toile.
16°   Terme d'organiste. Ce qu'on touche avec les pieds et qui fait résonner les pédales.
   Les marches, les touches de la vielle.
17°   Terme de teinturier. Marche en gris, action de soumettre le coton au garançage, immédiatement après qu'il a reçu les apprêts huileux et les mordants de galle et d'alun ; ce qui lui donne une couleur grise.
   Marche en jaune, action de soumettre le coton au garançage, après qu'il a passé une seconde fois par les apprêts huileux et les mordants, ce qui lui donne une couleur jaune.
18°   Sorte de tissage. Des taffetas figurés à la marche, rayés en long et à travers, mouchetés, et avancés, tapis figurés, etc. Statuts des marchands de draps d'or, 9 sept. 1667, art. 53.
   Saint-Simon a dit : On se mit en marche dans laquelle les princes allaient, comme tous les jours, devant le roi, et les princesses derrière, 62, 39. Le mot marche étant pris sans article ne peut être représenté par un pronom. Cette règle ne souffre d'exceptions qu'en des cas tout particuliers.
   XIVe s.
   En la venerie des loutres, ce qu'on voit par le pié [trace] est appelé marches, Modus, f. 41, verso.
   XVIe s.
   Si enjoignit expressement à ceulx des premiers rengs, qu'ilz demourassent fermes sur leurs marches en defense, AMYOT Pomp. 99.
   Se loger en la plus basse marche, pour se mettre en seureté de nouvelle cheute, MONT. I, 280.
   On nomme dames encores les femmes de la plus basse marche, MONT. I, 387.
   Que nul ne se ingere doresnavant de tenir ouvrouer dudit mestier de rubannier de soye et de tout autre ouvrage, tant large que estroite, à la marche, à la tire, à la navette, ne au peigne.... où il y ait or, argent ou soye, ourdi ou tissu.... s'il...., Ordonn. nov. 1514.
   Enjamber sur les marches d'autruy, COTGRAVE .
   Voy. marcher 1.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
2. MARCHE. Ajoutez :
19°   Marche ! Commandement militaire d'exécution pour : en marche.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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