mais
(mê ; l's se lie : mê-z un homme, mê-z aussi)
   Adv. qui signifie plus, et qui, usité en ce sens dans l'ancienne langue, ne se conserve plus aujourd'hui que dans la locution suivante : pouvoir mais, avec une négation ou une interrogation, n'être pas cause de, n'être pas responsable de.
   Souvent nous imputons nos fautes au malheur Qui n'en peut mais, RÉGNIER Sat. XIV.
   Le malheureux lion.... Bat l'air qui n'en peut mais, LA FONT. Fabl. II, 9.
   [Le vent] Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau, LA FONT. ib. VI, 3.
   Sacrifiant à sa mélancolie Mainte perdrix qui, las ! ne pouvait mais Des cruautés de madame Clitie, LA FONT. Faucon..
   Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre, Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre ?, MOL. Mis. III, 5.
   Enfin, après cent tours, ayant de la manière Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère...., MOL. Éc. des f. IV, 6.
   Si mon maître est ingrat, puis-je mais de cela ?, REGN. Distr. V, 6.
   Dans le sens de oui, certes, qui est une extension du sens de plus.
   Elle y fut reçue très bien, mais très bien, c'est-à-dire que le roi la fit mettre dans sa calèche avec les dames, SÉV. 43.
   Je trouve le petit-fils fort joli, mais fort joli, SÉV. 3 avr. 1680.
   Parlerai-je d'Iris ? chacun la prône et l'aime, C'est un coeur, mais un coeur.... c'est l'humanité même, GILB. Le XVIIIe s..
   Il se dit familièrement avec oui servant de réponse, et ne fait que renforcer l'affirmation. Viendrez-vous ? - Mais oui.
   Conjonc. servant à marquer opposition, restriction, différence parce que le sens fondamental de plus qui y est, met en regard deux propositions, et les lie entre elles, soit passant de la plus faible à une autre plus forte, soit par différence ou opposition. Il est riche, mais avare.
   D'autre sang, mais plus vil, expiera l'attentat, TH. CORN. Essex, V, 4.
   J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer, RAC. Brit. IV, 3.
   Vous ne faites que ce que font les autres ? mais c'est ce que l'Écriture vous défend, MASS. Carême, Élus..
   Heureux, mais gouvernés, libres, mais sous des maîtres, VOLT. Brut. III, 7.
   Tu nous laissas le jour, mais pour nous avilir, VOLT. M. de Cés. I, 3.
   Ils ont dit que le mien serait assez beau, si.... ; que celui de Denis serait assez bien ; mais.... eh ! bien, si, mais ?, MARMONTEL Mém. III.
   Il s'emploie pour rendre raison de quelque chose. Je l'ai, il est vrai, maltraité, mais j'en avais sujet.
   Il peut se répéter pour donner plus de force à l'opposition.
   Immolez, non à moi, mais à votre couronne, Mais à votre grandeur, mais à votre personne..., CORN. Cid, II, 9.
   Ce n'est point parce que ses passions le rendent contraire à Dieu, mais parce qu'elles troublent son repos, mais parce qu'elles lui causent de mortels chagrins, mais parce qu'il se voit souvent dans l'impuissance de les satisfaire..., BOURDAL. Myst. Concept. de la Vierge, t. II, p. 14.
   À l'instant il s'éleva dans tout Israël un seul cri, mais éclatant, mais unanime, J. J. ROUSS. Lév. d'Éphr. ch. 3.
   Mais.... mais.... à la fin d'une objection, se dit pour faire pressentir des objections, des restrictions qu'on ne veut pas exprimer.
   Les soupers du roi [de Prusse] sont délicieux ; on y parle raison, esprit, science ; la liberté y règne, il est l'âme de tout cela ; point de mauvaise humeur, point de nuage, du moins point d'orages ; ma vie est libre et occupée ; mais.... mais... ; je suis en train de dire des mais, VOLT. Lett. Mme Denis, 6 nov. 1750.
   Il peut se joindre à cependant et ne fait que le renforcer.
   Mais cependant ce jour il épouse Andromaque, RAC. Andr. IV, 3.
   Mais avec non exprime une négation sous forme d'objection.
   Le peuple [juif] pour qui Dieu a fait des choses si étonnantes va sans doute être le maître de l'univers ; mais non, le fruit de tant de merveilles est de souffrir la disette et la faim dans des sables arides, VOLT. Dict. phil. Moïse..
   Mais s'emploie, dans la conversation, au commencement d'une phrase, qui a quelque rapport à ce qui précède. Mais, dites-moi, que voulez-vous faire de tous ces livres ? Mais encore quel parti prenez-vous ? Mais, qu'avez-vous dit ? Mais enfin, à quoi en voulez-vous venir ?
   Il sert quelquefois de transition pour revenir à un sujet qu'on avait laissé, ou pour quitter celui dont on parlait. Mais revenons à notre propos. Mais c'est trop parler de cela.
10°   Mais s'oppose à non-seulement, dans deux membres de phrases qui se correspondent, et exprime une addition à ce qui est signifié par non-seulement. Non-seulement il est bon, mais encore il est généreux. Non-seulement on le blâme, mais même on l'accuse.
11°   Il s'emploie sans verbe, d'une manière exclamative, pour exprimer la surprise, le blâme.
   Cela est bon pour une demoiselle de St-Cyr : mais une véritable abbesse !, MAINTENON Lett. à Mme de la Viefville, 4 mars 1706.
12°   Mais ne vous en déplaise, se dit quand on veut contredire quelqu'un.
13°   Eh mais, se dit pour exprimer le doute, l'hésitation, la suspension.
   Que dit-elle ? une affaire, où je suis Intéressée !... eh mais ! à ceci je ne puis Rien comprendre..., COLLIN D'HARLEVILLE Optimiste, V, 7.
   Il marque aussi l'étonnement. Eh mais ? qu'y a-t-il là-dedans ?
14°   S. m. Objection, difficulté.
   Mais.... - Achevez, seigneur : ce mais que veut-il dire ?, CORN. Nicom. III, 7.
   Que le diable t'emporte avec tes si et tes mais !, REGNARD Retour impr. 15.
   Dorval : Mais...Géronte : Mais, mais, voyons votre mais, GOLDONI Bourru bienfais. II, 1.
   C'est un homme qui n'a ni si ni mais, un homme franc, qui ne cherche ni excuse ni prétexte.
   Des mais, des si, des car, se dit des objections, des difficultés qu'on oppose à une chose simple.
   Il y a un mais se dit pour signifier qu'il y a des critiques à faire.
   XIe s.
   N'en parlez mais, se je nel vous comant, Ch. de Rol. XIX.
   J'i puis aler, mais n'i aurai garant, ib. XXIV.
   Quant ert-il [sera-t-il] mais recreanz d'ostoier [faire la guerre] ?, ib. XXXIX.
   Bataille aurez, onque mais tel ne fut, ib. LXXX.
   XIIe s.
   Par tantes fois [j'] ai esté assailliz Que je n'ai mais povoir de moi defendre, Couci, V.
   Je n'en puis mes ; car je la desir si..., ib. VIII.
   Jà de mon cuer n'istra [de mon coeur ne sortira] mais la semblance Dont [ma dame] me conquist à mos pleins de douçor, ib. XVI.
   Ainz mais n'avint en France nule si granz dolors, Sax. XXVII.
   XIIIe s.
   Et bien m'avez fait le plus haut servise que mais nule gent feist à home, VILLEH. LXXXVIII.
   Ha Diex ! verrai-je mes, fait-ele, mes amis ?, Berte, XXX.
   Or est ele mout aise, mais tost sera dolente, ib. X.
   [Elle] Ne pouvoit mes aler, car forment ert lassée, ib. XLVI.
   Moi ne chaut qu'on en fasse, mes qu'ele [pourvu qu'elle] soit tuée, ib. XVI.
   L'omme lay [laïque], quant il ot mesdire de la lay [loi, religion] crestienne, ne doit pas deffendre la lay crestienne, ne mais [sinon] de l'espée, JOINV. 198.
   Et le mestre dit : Sire, mes m'ennuie tant comme il me peut ennuier, JOINV. 197.
   Il a tant donné que il n'a mez que donner, JOINV. 205.
   XIVe s.
   Vertu encline touz jours à eslire bien, et vice au contraire ; mais aucune foiz en l'operacion qui est eslue par vertu peut estre empeeschement, ORESME Eth. 63.
   XVe s.
   Si me fit-elle tant de bien que j'en suis tenu de prier à tousjours mais pour elle, FROISS. I, I, 15.
   Autant vault si je m'en tais, Car certainement je tiens Qu'il ne s'en fera jà rien ; En toute chose a ung mais, CH. D'ORL. Rondeau..
   C'est son parler ne moins ne mais, VILLON Grand test..
   XVIe s.
   Sans si, sans mais, est son bruyt, gloire et fame, J. MAROT V, 259.
   Eureuse suys, mais que [pourvu que] ce temps me dure, J. MAROT V, 322.
   De quoy Numitor fut fort courroucé, mais eux ne s'en soucierent guieres, ains amasserent à l'entour d'eulx bonne trouppe d'hommes vagabonds, AMYOT Rom. 7.
   Cela n'est pas fait en amy, mais en sophiste, qui ne quiert que l'apparence, AMYOT Com. discerner le flatteur de l'ami, 55.
   Ma deliberation ne est de provocquer, ains d'appaiser, d'assaillir, mais de deffendre, RAB. Garg. I, 29.
   Voire mais, que fera il si on le presse de... ?, MONT. I, 190.
   Que peut-il mais de vostre ignorance ?, MONT. II, 48.
   En nul endroit, comme a chanté Virgile, La foy n'est seure, et me l'a fait sçavoir Ton jeune coeur, mais vieil pour decevoir, RONS. 96.
   Il estoit destiné par sentence des cieux, Que je devois servir, mais [bien plus] adorer vos yeux, RONS. 239.
   Ô prince, mais o Dieu, dont la celeste face..., RONS. 671.
   Mon mastin, garde bien de mordre ma mignonne, Si elle vient me voir, ains baise luy les pieds : Mais aboye de loin si de quelque personne Au milieu de nos jeux nous estions espiez, RONS. 744.
   Mais dites-moy que signifie Que les ligueurs ont double croix ? C'est qu'en la ligue on crucifie Jesus Christ encore une fois, Sat. Mén. Quatrain sur les doubles croix de Lorraine.
   Wallon, main, mâie, dans le sens de jamais ; Hainaut, ; provenç. mais, mai, mas, ma ; cat. may ; esp. et port. mas ; ital. ma et mai ; du lat. magis, qui signifie plus, davantage. Le patois normand conserve deux anciens emplois de mais : Il n'a mais que dire, il n'a plus rien à dire ; et mais que dans le sens de lorsque : Mais que j'aille chez vous, je vous l'apporterai.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
MAIS. Ajoutez :
15°   Mais que, ancienne conjonction qui est aujourd'hui hors d'usage, et qui signifiait dès que.
   Vous pouvez penser comme il fera, mais qu'il soit [dès qu'il sera] doyen des cardinaux, MALH. Lexique, éd. L. Lalanne..
   L'affection avec laquelle j'embrasserai votre affaire, mais que je sache [dès que je saurai] ce que c'est, vous témoignera..., MALH. ib..
Cette conjonction est encore très usitée dans les campagnes normandes.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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